Un promontoire sert à projeter des images peu distinctes (ressemblant à des vues scientifiques) et comme piédestal des dieux, lesquels apparaissent en costumes et attitudes fort contemporains. Bérangère Jannelle utilise toutes les ressources d’un unique plan incliné pivotant, modulable, pour livrer une version délibérément actuelle, un tantinet libertine, de la farce de Molière. Ce faisant, est révélé le kitsch d’une reprise classique des frasques du panthéon romain. Tout de même, comme à l’habitude, on a affaire à l’exhibition d’une inversion du pouvoir, par les seules vertus de la parole, entre les maîtres et les valets, voire, ici, entre les dieux et les hommes. Manifestement, pour cette allégorie de la versatilité humaine, un bel effort de mise en scène, travaillé, stylisé, mais qui s’avère peut-être démesuré.

Car paradoxalement, cette mise en scène joyeusement anachronique fait ressortir la préciosité du texte, dont l’efficacité devient étroitement dépendante des comédiens, qui apparaissent d’ailleurs sensiblement inégaux. Finalement, les meilleurs acteurs (Olivier Balazuc, Audrey Bonnet), la musique électronique, les formes géométriques servies par un éclairage efficace parviennent à donner sens à un argument très ténu. Il s’agit d’une substitution, d’une usurpation d’identité, à travers laquelle en filigrane se trouve posée la question de l’identité. Serait-on capable d’intégrer à soi un élément d’altérité ? Ce pari de faire d’une farce plaisante un drame pataphysique n’est pas absolument gagné. Car les différentes pistes explorées par la représentation ne sont pas suffisamment unifiées pour constituer une lecture convaincante de la pièce. Ainsi, il n’est pas sûr que les pitreries intermittentes soient en cohérence avec le ton, ni l’ultime dispositif théophanique avec le travail sur l’humanité des personnages.
Amphitryon
Comédie en 3 actes de Molière
Mise en scène :
Bérangère Jannelle, asssitée de Luciana Botelho
Avec :
Olivier Balazuc, Audrey Bonnet, Luciana Botelho, Arnaud Churin, David Maisse, Maxime Mikolajczac, Sophie Neveu, Ismaël Ruggiero.
Scénographie :
Stéphane Pauvret
Lumières :
Christian Dubet
Son :
Jean-Damien Ratel
Costumes :
Laurence Chalou
Durée :
1H45
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