Un dialogue s’engage entre le gardien d’une riche demeure new-yorkaise et une passante qui ne passe pas. Elle semble attendre. On apprend qu’elle attend son amant Jason, son époux infidèle, qui sort finalement. C’est une longue scène d’explicitation de leur relation, autour du de leur amour qui dure, malgré une tromperie permanente de sa part à lui.
Des écrans, une porte béante et des projections d’images des deux côtés du plateau transversal donnent de la profondeur à un espace scénique statique. Statique, car c’est précisément que rien ne bouge pour Médée, elle incarne l’amoureuse éternelle, fidèle jusqu’à la folie... qui met en péril Jason, avide de vivre... conscient de son influence mortifère et cependant séduit par elle pour toujours ; prêt à toutes les compromissions, les faux-semblants, il ne veut renoncer à rien.

Le propos trouve un rythme lent ; la mise en scène, habile et confiante en la force de l’histoire est sans concession. Les scènes successives présentent chacune l’un des personnages. Tous sont attachants, bien dessinés, et, s’ils n’accèdent pas à la profondeur, c’est qu’ils demandent à être investis par le spectateur toujours prompt à la projection.
Le procédé les valorise tour à tour, dans un esprit qui ne manque pas de poésie, l’argument dramatique est connu et semble se passer de la chronologie, car c’est un mythe - dont les éléments sont revisités et réactualisés. Le spectacle parvient à une dimension tragique par la métaphore... métaphore que celle de la robe de sang qui tuera la jeune épouse, métaphore que celle de la renaissance des Ménines de Vélasquez en celles de Picasso.
Christophe Giolito et Claire Lassecarre
Manhattan Médéa
de Dea Loher
Mise en scène de Sophie Loucachevsky
Avec Anne Benoit, Marcus Borja, Christophe Odent
Collaborateur artistique : André Antebi
Scénographie : Jean-Pierre Guillard
Costumes : Christine Brottes
Vidéo : Fred Koenig
Lumière : Nathalie Perrier
Musique : Marcus Borja
Son : Sylvère Caton
Maquillage, coiffure : Catherine Saint-Sever
Assistant mise en scène : Sébastien Chassagne
Théâtre de la Colline, petit Théâtre du 21 janvier 2010 au 20 février 2010 du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h
Texte paru chez L’Arche (2001), traduit de l’allemand par O. Balagna et L. Muhleisen.
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