Tourbillons colorés
Pour clore en beauté l’exposition "Barceló avant Barceló 1973-1982" qui se tient aux Abattoirs (76 allées Charles-de-Fitte, à Toulouse) jusqu’au 28 février prochain, et en garder un souvenir éternel, l’ouvrage de Jean-Marie del Moral en devient le point d’orgue, la touche finale qui résume et célèbre... Suivant Barceló depuis 1985, le photographe d’origine espagnole aura été le témoin privilégié des processus de création d’un artiste hors du commun.
En mai 2008, Gallimard avait d’ailleurs su marquer d’une pierre blanche la performance de Barceló au festival d’Avignon dans un livre tout aussi exceptionnel que celui-ci, Miguel Barceló en artiste pariétal.
Certains pourraient être amenés à le considérer comme un fou furieux mais l’œuvre de Barceló plaide pour lui : de ses sculptures déformées à ses tableaux en relief, il y a un long chemin qui l’a conduit à repenser dernièrement la coupole de la salle des Droits de l’homme au siège européen de l’ONU, à Genève. Une pièce maîtresse dans son cursus, désormais axe de référence, une sorte de Sixtine du XXème siècle en quelque sorte, tellement le pari était risqué, l’ambition illimitée et le résultat stupéfiant !

Jean-Marie del Moral a sans doute hérité de ses parents républicains espagnols exilés en France le sens de l’idéal, la manifestation de la résistance par tous les moyens possibles, la marque de la ferveur à poursuivre son destin sous tous les aspects ; et la création artistique n’en est pas le moindre exemple. Ainsi a-t-il assidûment fréquenté les ateliers de Miró, Tàpies, Saura, Zao Wou-Ki ou Lichtenstein et acquis, outre la confiance des peintres, un savoir-faire unique en matière de prise de vues d’œuvres peintes...
Tantôt en très gros plan, tantôt en plan américain, l’objectif axe son regard sur des parties que nous ne verrions pas de cette manière si nous n’y étions point invités.
Jouant à n’être pas qu’un regardeur - et encore moins un rapporteur - Jean-Marie del Moral cultive sa propre fibre artistique au service de l’artiste qu’il photographie. Ce sont toutes ces années de complicité qui ressortent alors dans un jeu de lumière, d’angle, de profondeur de champ. Chaque détail est à une place précise, chaque photo devient alors une œuvre d’art à part entière. L’œuvre dans l’œuvre comme un fil invisible qui délimite l’espace métaphysique de l’atelier, la force de l’objet, la démarche de l’artiste, le plaisir du contemplateur révélé dans sa plus noble posture.

Par la magie de la taille imposante que nous offre ce livre, les photos s’enchainent dès la première page, nous plongeant dans l’intimité de Barceló avec des détails du mur de son atelier, puis quelques pièces terminées ou en cours de création... Enfin, page 34 débute le récit de Jean-Marie del Moral : son premier rendez-vous, derrière les Invalides, dans un appartement délabré, prêté par un collectionneur à Barceló avant travaux. Un seul mot échangé sur le trottoir, et l’artiste oublie déjà son hôte pour se plonger dans les prémisses de ce qui allait devenir Poisson coupé en sept parties, musique à fond, cigarette au bec ; alors del Moral prend quelques clichés, sur la pointe des pieds...
Viendront ensuite les voyages en Afrique et en Espagne.
Ponctuées par de brefs récits, les photographies prennent petit à petit possession du lecteur qui s’en va voguer sur la mer enchantée de Barceló. A bord de ce livre-embarcation c’est à un voyage extraordinaire que l’on vous invite.
Ne ratez pas l’heure du départ...

Nota - Les photos qui illustrent cet article ne sont pas tirées du livre.
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