Jean-Baptiste Dupin, dans une introduction précise, éclaire le peu que l’on connaît de la vie de William Chambers Morrow. Cet auteur est resté oublié, alors qu’à son époque, il avait toutes les chances d’occuper une place importante dans la littérature fantastique.
Né en 1854, il arrive à San Francisco vingt-quatre ans plus tard. En six mois, il se fait une place et signe sa première nouvelle dans l’Argonaut. C’est là qu’il rencontre Ambrose Bierce qui devient son ami. De 1879 à 1882, il publie régulièrement des textes courts et fait paraître Blood Money, un roman.
Il se marie et, dès lors, se consacre exclusivement au journalisme. En 1887, Hearst, le futur magnat de la presse, l’embauche au San Francisco Examiner. Il reprend l’écriture de nouvelles. En 1896, il en réunit quelques unes dans un recueil Le singe, l’idiot et autres gens. En France, la Revue Blanche le publie en 1901 et Alfred Jarry s’enthousiasme pour ce livre et cet auteur.
Morrow cesse alors son activité de nouvelliste. En 1899, il ouvre un atelier d’écriture et ne fera paraître, jusqu’à sa mort en 1923, que quelques rares textes et deux romans d’aventures.
Il disparaît des mémoires littéraires. Lovecraft, dans son essai Epouvante et surnaturel en littérature, l’oublie. Il faut attendre l’année 2000, pour que, dans son pays, ses nouvelles soient reprises dans un recueil. Et pourtant quel écrivain !!
Ce sont quelques uns de ces textes que les Éditions Finitude ont repris, en 2004, puis 10/18, pour un format poche, en 2009. Ces neuf nouvelles, publiées entre 1880 et 1897, mettent en scène un fantastique qui naît du quotidien et de la complexité de la nature humaine. Ici, pas de bestiaire mythologique, de références à des légendes, prophéties et autres arguties, mais des êtres humains confrontés à leur image où à une réalité déformée.
L’automate hanté est l’histoire d’une machination, d’une manipulation d’un jeune ingénieur éconduit...
La pendule infidèle raconte comment la vengeance d’Austin Wheeler, un homme veuf et âgé se retourne contre lui.
L’ombre fatale démontre l’importance du poids des non-dits, où comment un père phrénologue...
Un mystère à South Park dévoile l’étape ultime d’une route sanglante d’Anvers à la Californie en passant par la Mer rouge.
La femme dans la pièce du fond illustre la folie humaine, les psychoses les plus ordinaires.
Un point de vue inhabituel est celui du journaliste qui accompagne un aérostier dont les conséquences du voyage se révèlent désastreuses pour sa raison.
L’Etrangleur écarlate relate la traque d’un sérial killer qui ne tue que des hommes aisés, confit en religion, mais dont le comportement social est exécrable.
Le cambrioleur possédé est l’illustration d’une forme de psychose commune mais dont l’effet est désastreux quand on est cambrioleur.
La Compagnie générale de déchargement transforme des candidats à la mort en zombis. Une métaphore de la société industrielle qui naissait.
Toutes ces nouvelles se basent sur l’être humain et ses failles. La vengeance, la folie sont des moteurs de ces récits. On retrouve, par exemple, les crises d’épilepsie qui, à l’époque, se transformaient en crises de folie meurtrière. L’angoisse face à l’évolution rapide d’une civilisation qui, tel un Moloch, dévore ses enfants, sous-tend également des intrigues. Promoteur du genre policier fantastique, il confronte des enquêteurs à une forme de surnaturel.
On ne peut, en lisant ces textes, s’empêcher de penser à des devanciers tels que Poe, Maupassant ou Gaboriau. D’ailleurs, lui-même ne cite t-il pas, dans Un mystère à South Park, parlant d’un jeune détective : "C’est un petit diable fantasque et plein d’imagination qui a trop lu Vidocq et Gaboriau..."
W.C. Morrow est un auteur à redécouvrir de toute urgence !
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