Le premier tome de la trilogie s’ouvre sur l’édition spéciale du Marin d’Étherhorde qui annonce la disparition du Chathrand, ce trésor unique de la marine impériale d’Arqual. Une chaloupe, de nombreux noyés laissent craindre une tragédie, mais l’épave du navire reste introuvable.
L’action se déporte quelques semaines plus tôt et l’auteur fait la présentation des principaux acteurs de la saga. On fait connaissance, ainsi, par ordre d’entrée en scène, avec Pazel Pathkendle, un mousse. Il est en butte aux tracasseries de ses congénères pour son origine Ormali. Il a été sauvé de l’esclavage par le Dr Ignus Chadfallow qui continue, de loin, de veiller sur lui. Ce dernier manigance, d’ailleurs, pour que Pazel reste à quai dans le port où l’on arme le Chathrand. On apprend que ce jeune homme est capable de comprendre et de mémoriser toutes les langues du monde. Ce médecin a été très proche des parents de Pazel. Chirurgien impérial, il a acquis une grande renommée pour avoir guéri Sa Suprématie l’empereur, et sa garde, de la terrible fièvre bavarde.
Dri, diminutif de Diadrelli, est une Ixchels. Ce sont des êtres minuscules chassés avec acharnement par tous les marins. Elle doit faire monter, à bord du Chathrand, quatre clans avec le moins de pertes possibles. Sandar Ott, est un maître-espion qui manage des garçons membres du Poing Secret, en vue d’une mission confidentielle. Le Capitaine Nilus Rotheby Rose est accompagné de dame Oggosk et de Sniraga, une chatte éveillée. Si pour ce dernier sa réputation de marin semble intacte, sa réputation en tant qu’être humain est exécrable. Bolutu, un slevrien, vétérinaire, les rejoint.
Thasha, une adolescente, vient de passer deux ans dans une institution religieuse réputée dans la capitale du royaume d’Arqual. La supérieure la renvoie chez elle. Son père, l’Amiral Isiq vient d’être nommé ambassadeur. Il s’embarque, avec Syrakys, une esclave-à-plaisir devenue son épouse et sa fille. Celle-ci doit épouser un prince du royaume du Mzithrin. Le Chathrand emporte, à son bord, un tiers du trésor impérial, de quoi exciter quelques convoitises...
Le monde, conçu par l’auteur, se partage entre l’Arqual et le Mzithrin deux états antagonistes et des pays satellites qui tentent de rester indépendants. Le Chathrand a pour mission d’emmener l’ambassadeur Isiq sur l’île de Simja, une zone neutre pour rencontrer son homologue mzithrini pour négocier une paix définitive, avec le mariage en gage. Mais en matière de diplomatie ! Sur le Chathrand sont donc réunis des conspirateurs et des individus à même de faire échouer le projet. Qui peut l’emporter ?
Robert V. S. Redick a écrit une fresque foisonnante. La multitude et la variété des personnages, des lieux, des événements sont impressionnantes. La diversité des situations, des actions, leur accélération au cours de la progression de l’intrigue entraîne irrésistiblement la lecture. Les différentes intrigues politiques et diplomatiques, les conspirations et les luttes des réseaux sociaux nourrissent une histoire luxuriante. Le monde de la mer, celui des grands voiliers est parfaitement restitué.
L’auteur organise, autour des deux adolescents que sont Pazel et Thasha, les héros de ce premier tome, une ronde infernale de complots, d’attaques, d’agressions, de crimes, de traîtrise, mais aussi d’actes de bravoure, de panache, de vaillance.
Il compose une galerie de personnages aux profils disparates, (à l’image d’une société humaine) traités avec finesse, pertinence et d’une profondeur psychologique intéressante. Il fait preuve d’une certaine inventivité dans la constitution de ses groupes humains comme de ses personnages mythiques.
Dans ce récit de fantasy, l’auteur met en œuvre une magie qui, bien que très présente, ne fait pas perdre la dimension humaine, ni gêner le déroulement de l’intrigue par quelques exploits improbables. La qualité et la subtilité des ressorts de l’intrigue sont indéniables, mêlant aventures maritimes, magie, cabales de toutes natures, espionnage...
Il faut souligner le travail mené par Michel Pagel pour la traduction. Certes, c’est le propos de l’auteur qui domine à travers l’histoire et les personnages. Mais la sensibilité du traducteur, son art du récit, son savoir-faire de romancier de talent, sont essentiels pour, à la fois, donner vie à un texte, en retranscrire les finesses, choisir les mots les plus appropriés pour mieux faire ressentir les sentiments, l’action et les péripéties.
La Conspiration du loup Rouge est un grand roman ! On a hâte de découvrir la suite !
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