Elément par élément, les composants d’une salle d’opération, voire de dissection, sont amenés dans une atmosphère métallique. L’un des opérateurs finit par entreprendre un monologue métaphysique sur le sens et son indisponibilité. Le tableau d’ensemble est brossé ; les scènes présentées feront l’objet d’une double lecture, déterminée par l’intervention, en surplomb, de quelques Érinyes, Parques malfaisantes qui égrènent de façon énigmatique le sens des événements. Autour d’une prophétie initialement fantaisiste, s’échafaude les composants d’un destin.
Différents plateaux, panneaux, permettent de bâtir différents décors, agencés comme les pièces d’une maison qui s’avère modulable à loisir. Les acteurs sont tous indiscutables ; ils réussissent à jouer leur partition sans prêter le flanc au moindre reproche. Dans la puissance de certaines phrases s’exprime un grand auteur, même si la construction de la pièce s’avère peu réussie. Car d’un argument puissant, l’écrivain a fait un ressassement peu engageant car figé par son explicitation.
Initialement, l’intention énigmatique s’appuyait sur le mystère d’une destinée insaisissable, au point que la seule apparition des manipulateurs sans nom s’avérait efficace. Au contraire, tous les dialogues entre ces agents du destin, conduisant à expliciter la machination, affaiblissent l’argument. En effet, la manifestation de débats entre eux paraît relativiser la puissance de la détermination, en humaniser l’intervention. Déjà, à la fin de la première partie, les scènes paraissent prendre de la longueur, lorsqu’elles montrent le mal s’instiller dans les comportements.
Après l’entracte, les tableaux paraissent attendus, réduits à faire la chronique de malheurs annoncés. Aussi intéressants, voire piquants sont les dialogues, ils semblent prétexte à écriture. Le propos à terme du principal protagoniste s’épuise en interrogations existentielles, tandis que l’intervention des agents du destin s’assimile à un dispositif théologique.
Seuls les doutes introduits par la dernière scène, mystérieuse, montrent que l’ensemble eût pu être sauvé, si la puissance de l’intrigue avait été davantage inquiétée par le texte.
Le Vertige des animaux avant l’abattage, de Dimitris Dimitriadis
Mise en scène et scénographie : Caterina Gozzi
Avec : Pierre Banderet, Samuel Churin, Laurent Charpentier, Brice Cousin, Thierry Frémont, Thomas Matalou, Claude Perron, Faustine Tournan, Maria Verdi
Dramaturgie et collaboration artistique : David Wahl ; vidéo et collaboration à la scénographie : Jean-François Marcheguet ; costumes : Rose-Marie Melka ; lumières : Joël Hourbeigt ; musique et son : Antonia Gozzi.
Production Odéon-Théâtre de l’Europe, avec la participation artistique du Jeune Théâtre national et de la Compagnie des Orties Ateliers Berthier • angle de la rue André-Suarez et du boulevard Berthier • 75017 Paris Du 27 janvier au 20 février 2010, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 15 heures
Traduction : Olivier Goetz et Armando Llamas, texte publié en 2002, révisé en 2009, Les solitaires intempestifs.
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