Le rideau, impression de visages, se lève sur des meubles recouverts, sortant de leur latence, surplombés de chiffres anachroniques. Manifestement, des éléments sont assemblés dans leur précarité pour mieux faire surgir le sens du texte. La lumière sépare les scénettes et les installe dans leur temps, dont la date est marquée par les diodes suspendues en l’air. Deux générations antérieures au moment où se déroule l’ouverture, une scène d’emménagement, se mêlent dans des liaisons improbables, qui de familiales se révèlent peu à peu sociales, politiques et historiques.
Le mobilier qui reste enveloppé de ses linges accueille les tableaux qui se succèdent dans leur monotonie scénographique. Un spectacle analytique, qui évoque les tensions qui ont innervé l’Allemagne de l’Est, pays traversé par deux dictatures, pour en venir à investir la démocratie avec la plus grande circonspection.

Une mise en scène elliptique : Bernard Sobel a fait le choix de montrer avec ténuité ce pays rempli de souvenirs trop lourds, en même temps d’une immédiateté si abordable. La représentation, statique, uniforme, est d’un abord relativement difficile, même si des acteurs parfaitement dans le ton contribuent à sa lisibilité. Un travail d’une grande qualité qui ne suscite pourtant par nature qu’un enthousiasme mesuré.
A terme, le seul mouvement de la pièce est celui des meubles, qui s’esquivent pour laisser les personnages dans leur dénuement. L’histoire des individus, celles de tous, se reconstitue peu à peu dans ses fragments - dans son incomplétude.
La Pierre, de Marius von Mayenburg
mise en scène de Bernard Sobel
Avec Anne Alvaro, Claire Aveline, Priscilla Bescond, Anne-Lise Heimburger, Edith Scob, Gaëtan Vassart.
du 22 janvier au 17 février 2010, au Théâtre national de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris. Du mercredi au samedi à 20h30, mardi à 19h30, dimanche à 15h30 01 44 62 52 52 Spectacle créé au théâtre de Bourgogne, Dijon, du 13 au 21 novembre 2009, représenté au théâtre du Nord du 23 février 2010 au 5 mars 2010
Texte français de Hélène Mauler et René Zahnd publié aux éditions de l’Arche, 2008.
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