Dans une langue douce amère, Xavier Patier décrit un monde arrêté qui résiste au climat en grappillant ici et là quelques brins de liberté malgré la rudesse de l’hiver. Si la joie est douloureuse la poésie évoque la torsion des émotions qui pourrait donner l’envie de fuir alors que les pieds demeurent ancrés au sol et les yeux ébahis de bonheur dans la contemplation du paysage... Tristesse voluptueuse alors ? Puisqu’il faut la nommer... Sans doute, mais quel étrange sentiment que celui qui "nous conduit au ciel tout en nous rapprochant de la mystérieuse brutalité de nos origines."
Alors que les canards glissent sur l’étang gelé, qu’un renard ose s’aventurer en terre immaculée, voilà que le narrateur se sent comme vidé , fatigué du monde : "une acédie qui ne serait pas un démon de midi, mais un diable crépusculaire et glacé." Le voilà enclin au mirage, humant un ciel sentant le renfermé, tremblant comme s’il était emmuré dans une gravure d’Aymar de Lézardière.
Oui, la nature est belle et l’homme peut la rendre magnifique, adorable, splendide... La main d’Aymar surtout, celle qui transforme les arbres gravés à l’encre de Chine en des œuvres à part entière, comme si Dieu seul, nous rappelle Xavier Patier, était capable d’un tel festin jubilatoire pour le regardeur. Que cela soit sur le papier ou dans la nature, un arbre devient arbre qu’après avoir été choisi par un homme, comme un chien fidèle...
Il avance donc que si les paysages grandioses nous impressionnent, le moindre étang de Sologne ou le plus petit pont de Provence en pierres blanches nous émeuvent davantage ; et qu’au-delà des paysages immenses d’Amérique qui nous coupent le souffle, se sont les paysages humanisés de France qui nous rendent ce souffle qui est vie. Pourquoi, vous demandez-vous ? Hé bien parce que depuis vingt siècles les chrétiens ont ici posé leur empreinte. En ces temps de débat sur l’identité nationale, voilà bien une diatribe mouchetée qui risque d’en blesser certains. Certes, la France est d’obédience chrétienne mais sa richesse culturelle est bien fille du métissage et les influences furent aussi autres qu’uniquement chrétienne... Passons.
Quand il oublie Dieu, Patier sait peindre les corniches qui prennent des déhanchements imprévus, les marches accueillantes des perrons qui coulent comme du miel ; il rapporte que tout se meut et se courbe et s’arrondit dans une géométrie originelle tandis que l’eau, sous le pont épuisé, demeure la même... Oui, s’il ne faut retenir qu’une chose de ce livre, hormis ce joli texte, ce sont bien les superbes gravures d’Aymar de Lézardière qui incitent au rêve et nous ouvre les portes de ces bois si magnifiquement peints. On aura donc très envie d’aller les voir en vrai, au musée de la Chasse et de la Nature jusqu’au 14 mars 2010, exposés sous le titre Etangs et marais.
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