2037, la fin ?
Selon Laurence Cossé, c’est en quelque sorte une date butoir, à marquer d’une pierre noire, l’année du cauchemar. Tout ayant débuté en mai 2036 par une hausse générale des températures... pour s’achever par la Grande Sécheresse. Une fin du monde qui ne dira pas son nom mais qui enverra un pan de la population se réfugier dans des isolats tandis que la grande majorité mourra sans un regard... Exit donc toute notion de paysage, d’animaux, de nature. D’ailleurs les brûlis chaotiques et uniformément gris que l’on peut apercevoir, si l’on ose s’approcher des hublots, sont appelés anténature. Le monde - ou ce qu’il en reste, une quarantaine de cités-états - vit calfeutré sous des cloches, à l’abri des rayonnements et de la touffeur de l’extérieur.
Passé les premières années à ne s’occuper que de survivre et à tout réinventer, les hommes sont devenus plus enclins à la nostalgie, et la simple évocation - voire la contemplation d’images anciennes - les plonge dans une dépression chronique qui fit des ravages : jusqu’à huit suicides sur dix. L’Autorité décréte la Réquisition en 2066. "Toutes les images, photos ou films représentant la nature, tous les documentaires, mais aussi les fictions, les tableaux, les CD, les vieilles diapositives furent réquisitionnées et détruits."
Mais en 2080 on commençe à ressentir les effets pervers de cette politique. Les enseignants puis les linguistes constatent que des milliers de substantifs sont tout simplement devenus inintelligibles pour la nouvelle génération, tout comme des milliers d’adjectifs, des termes et des concepts fondamentaux à notre langue. De jonquille à brumeux, de muscat à laiteux, de germer à faner ; mais aussi tronc (commun), arbre (généalogique), méandres (de l’administration), etc.
C’est donc vers 2093 que l’on décide de réintroduire dans l’isolat de Paris des images pour que survive la connaissance élémentaire de ce qu’a été la nature... Pour cela on utilise l’ancien musée de la Chasse et de la Nature pour accueillir une exposition.
Ouvert par un dialogue hautement surréaliste qui accompagne les premières photographies de Rémy Artiges, cette nouvelle d’anticipation amuse puis glace le sang car l’on ne peut s’enlever de l’esprit qu’elle pourrait être prémonitoire. Et sans verser dans la polémique, car au-delà des aberrations humaines, la Nature est bien en train de muter, une nouvelle ère s’ouvre à nous qui sera hautement chaude. Que nous réserve les décennies à venir ? Certainement pas de belles choses du côté de la Terre qui va muer sans se soucier des fourmis que nous sommes...
Témoin de l’exposition de photographies de Rémy Artiges, Salon de l’agriculture qui se tient au musée de la Chasse et de la Nature jusqu’au 14 mars 2010, ce ravissant petit livre serait donc l’un des derniers écrins des beautés terrestres vouées à disparaître ?
Fasse que le futur me donne tort.
Il y a 2906 signes dans cet article.