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Un livre urgent !

Victor Hugo le présentait ainsi. "Ce livre est plus qu’actuel ; il est urgent. Je le publie." C’était le 1er octobre 1877. Mais avant cela il y eut décembre 1851. Ce fameux coup d’Etat de Napoléon III. Qui envoya Victor Hugo en exil. Lui qui fut des combats de rues des juin 1849. Et quelques années plus tard le leader de l’opposition. Mais battu il dut fuir. Dépossédé de ses titres et biens, il y gagna une liberté. "En vous retirant tout on vous a tout donné ; tout est permis à qui tout est défendu ; vous avez la redoutable aisance du vrai, sauvagement superbe."
Il faut toujours se méfier d’un homme meurtri. D’un homme trahi. Hugo partageait la revendication de l’héritage révolutionnaire et napoléonien avec Louis Napoléon Bonaparte. Ce neveu et filleul de Napoléon Ier. Mais quand Hugo demeura fidèle à l’héritage. Napoléon III dérapa. Hugo ne l’épargna point dans son Napoléon le Petit (réédité chez Actes Sud dernièrement). Il l’acheva ici. Dès les premières lignes en nommant le père batave putatif (c’est un Bonaparte mâtiné de Verhuell).

Napoléon III commença sa triste besogne dès 1849 en se débarrassant du vernis social qui l’habitait. Et de tous les hommes politiques qui tentaient de le contenir au profit de ses hommes de main. Ce Machiavel hollandais trouva Hugo sur sa route pendant deux ans. Ce dernier s’opposait aux mesures réactionnaires de l’héritier. Loi de Rouher sur la déportation, loi électorale destinée à restreindre d’un bon tiers l’assiette du suffrage universel, loi contre la liberté de la presse, etc. Alors, un certain 17 juillet 1851, Hugo tenta de le ramener à ses justes proportions de Napoléon le Petit en prononçant son dernier grand discours à la Législative. Afin de s’opposer au projet de révision de la Constitution proposé par le président pour se maintenir au pouvoir légalement (il avait été élu pour quatre ans non renouvelables).
Après un tumulte inexprimable son discours porte. La loi est rejetée. Provocant par effet de ricochet le coup d’Etat.

C’est donc ce crime que l’on va suivre avec force détails. Hugo subira mais se révoltera. Il ira commander les barricades. Sans armes. Il veut bien mourir mais pas tuer.
Hugo plaçait très haut la mission et les devoirs des représentants du peuple. Mais il ne se faisait aucune illusion. Pas plus sur la disproportion entre cette mission sacrée par le suffrage universel et les hommes chargés de l’incarner. Pour sa part, en présence de ce "défi infâme, insolent, inouï, à la démocratie, à la civilisation, à la liberté, au peuple, à la France", il respecta le programme qu’il avait dicté à ses confrères. Une sorte de mot d’ordre contre le véritable désordre. "Protester dans le parlement d’abord ; le parlement fermé, protester dans la rue ; la rue fermée, protester dans l’exil ; l’exil accompli, protester dans la tombe."

Un livre tristement d’actualité si l’on considère comme une trahison l’annulation pure et simple du référendum sur l’Europe par le vote du Congrès. Un autre petit chef d’Etat s’insurge à bafouer le suffrage universel. Devrons-nous descendre dans la rue pour nous faire entendre ? Ou nos représentants à l’Assemblée sauront-ils défendre nos droits ? Espérons qu’un nouveau crime ne sera pas commis...



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Annabelle Hautecontre, le 3 février 2010 - article3900.html
Victor Hugo, Histoire d’un crime - Déposition d’un témoin, Préface de Jean-Marc Hovasse, Notes et notice de Guy Rosa, La fabrique éditions, novembre 2009, 756 p. - 29,00 €
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