Cela commence comme à la télévision, où le présentateur vedette mime une proximité factice avec le public, faisant son numéro de facilité, ici apparemment sans aucune nécessité. A moins que ce ne soit pour désamorcer la noble gravité du premier tableau, qui restitue la froide atmosphère des vestiaires d’usine. La scène étire à loisir son silence et ses insignifiances. Le spectacle joue des changements de registre : bande annonce, strip-tease, démonstrativité outrancière.
Il s’agit manifestement de jouer avec notre voyeurisme : Pippo Delbono passe son temps à tout photographier, les acteurs, leurs sorties, le public ; il échafaude une fresque ambitieuse tissée de plastiques sonores et visuelles savamment conçues mais dont l’efficacité tarde à apparaître.
A une première partie trop démonstrative, aux intentions trop affichées, répond heureusement un second moment vigoureux, qui raréfie les longueurs qui ne sont toutefois pas totalement évitées.
Le spectacle finit par prendre son rythme, en le puisant dans les scansions de la violence : sonore, physique, entée dans les êtres comme dans les choses. Par leurs coups, leurs cris, l’acteur et ses assistants parviennent à construire un concert d’horreurs délectables, bric et broc d’élégance raffinée. Leurs chorégraphies pathologiques épousent une musique puissante et provocante ; les gestuations compulsives déshumanisent les corps qu’elles secouent. Elles donnent sa véritable force à la représentation, en écho aux aboiements enragés consciencieusement orchestrés.
Ces convulsions, marque de fabrique de la compagnie, disent de la façon la plus sobre la violence anonyme et insaisissable des décès d’ouvriers qui constituent le motif originel du spectacle. Se trouve finalement suggérée la parenté de ces corps décharnés avec les ombres portées de nos activités frénétiques. Ainsi, sont distillés un peu maladroitement des grains d’une acerbe poésie scénique dont certains sont forts comme des rocs.
Pippo Delbono : La Menzogna
Avec : Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Raffaella Banchelli, Bobò, Antonella De Sarno, Pippo Delbono, Lucia Della Ferrera, Ilaria Distante, Claudio Gasparotto, Gustavo Giacosa, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Julia Morawietz, Mr Puma, Gianni Parenti, Pepe Robledo, Grazia Spinella
scénographie Claude Santerre
lumières Robert John Restinghini
costumes Antonella Cannarozzi
organisation Christian Leblanc et Emilia Romagna Teatro
production Emilia Romagna Teatro Fondazione (projet Prospero), Fondazione del Teatro Stabile di Torino, Teatro di Roma, Théâtre du Rond-Point, Maison de la Culture d’Amiens, Malta Festival Poznan
Théâtre du Rond-Point - salle Renaud-Barrault (745 places) du 20 janvier au 6 février, 20h30 dimanche, 15h - relâche les lundis et le 24 janvier
Spectacle représenté pour la première fois au Teatro Stabile di Torino - Fonderie Limone, Moncalieri (TO) en octobre 2008 présenté en juillet 2009 au Festival d’Avignon, puis du 9 au 11 octobre 2009 Teatro di Modena 20 octobre au 31 octobre 2009 Piccolo Teatro di Milano 14 au 16 janvier 2010 La Criée, Théâtre National de Marseille / Le Merlan, Scène nationale à Marseille Du 20 janvier au 6 février au Théâtre du Rond-Point.
Désormais en tournée : 9 et 10 février 2010 Scène Nationale de Bayonne et du Sud Aquitain 13 février 2010 Théâtre Sortie Ouest - Béziers du 2 au 14 mars 2010 Teatro di Catania (Sicile) 31 mars, 1er et 2 avril 2010 Théâtre de la Place - Liège 7 et 8 avril 2010 La Comédie de Caen, Centre Dramatique National de Normandie du 4 au 7 mai 2010 Théâtre National de Toulouse, Centre Dramatique National de Midi-Pyrénées 12 et 13 mai 2010 Centre Culturel de Belem, Lisbonne du 26 au 29 mai 2010 Théâtre National de Bretagne, Rennes
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