Zabo a perdu son père et son plus jeune frère dans les combats de la guerre de Sécession. Sa mère est morte de chagrin il y a un mois. À 18 ans, elle abandonne son domicile de Nouvelle-Orléans, réquisitionné par les soldats de l’Union, pour rejoindre Nano, son frère cadet, dans la maison de sa bisaïeule, perdue dans des bayous du Mississipi. Un prêtre, ami de ses parents, lui donne les moyens de poursuivre sa route en lui fournissant des vêtements adaptés à son périple. En échange d’une place sur un « steamboat » et d’un sauf-conduit pour traverser les lignes, elle doit convoyer, jusqu’à la plantation Nottoway, un lourd colis destiné à Quentin Coustans. Ce dernier est reporter photographe. Comme elle veut continuer vers Lananette, Quentin propose de l’accompagner pour lui faciliter le passage des lignes et éviter les zones de combat. Ils sont sur leur garde, mais...
La guerre de Sécession sert de cadre à ce diptyque. François Bourgeon revient également sur l’esclavage dans les États du Sud et nous invite, sur les pas d’une nouvelle héroïne, à un voyage en Louisiane. Par le jeu des rencontres, des divers personnages, il nous fait entrevoir la réalité de cette guerre, ses motifs, ses conséquences sociales et politiques, ainsi que ses exactions. Avec les échanges entre Zabo et Quentin, il rappelle la situation politique, le rôle de la France et éclaire les idéologies esclavagiste et progressiste. Il inclut dans ses dialogues des extraits des poèmes de Baudelaire, Musset et une analyse de l’œuvre de Tocqueville, un comparatif avec ses prises de position.
Le début du premier tome est particulièrement déroutant avec l’apparition de Zabo, alors qu’en toute logique on attend Isa. Il faut atteindre la planche 44, pour la retrouver ...bien changée. Bien qu’elle atteigne presque le siècle, que son corps a perdu ses capacités à se mouvoir et à émouvoir, la rencontre entre les deux femmes, qui portent le même prénom, est l’occasion de joutes verbales. Mais, peu à peu, elles échangent, une confiance réciproque s’installe et l’aïeule raconte ce que fut sa vie en arrivant en Louisiane, ses amis, ses amours, les nombreuses vicissitudes et les rencontres qui ont éclairé son existence. Et puis, elle révèle le viol collectif près d’un lieu de culte appelé Bois-Caïman, la naissance d’une petite métisse, la dissimulation de son origine.
L’auteur, une fois encore, ébahit par la magnificence de ses histoires, par l’inventivité de récits pleins de bruit et de fureur, riches en épreuves comme en amour et tendresse. Il réalise un traitement graphique à la hauteur de sa légende de créateur pointilleux, avec le souci du détail réel, vérifié aux meilleures sources. Il n’y a pas d’à peu près chez Bourgeon. Les vignettes relatives aux bayous, sa représentation de la faune et la flore atteignent la précision voulue par un botaniste, un entomologiste ou un zoologiste et ne dépareraient pas des ouvrages scientifiques de référence. Il complète ce formidable travail sur l’image par une écriture riche mais fluide, des dialogues rythmés où chaque mot est pesé.
La Petite Fille Bois-Caïman est un diptyque incontournable, un véritable résumé de l’Histoire de la Louisiane de la fin du 18è siècle aux années 1870.
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