Terres étrangères, le second volume de la saga Acacia s’ouvre neuf ans après les tragiques événements qui ont vu la fin du règne des Meins et la mort, dans des conditions épouvantables, de Hanish, qui avait conquis l’empire des Akarans.
Corinn Akaran, l’ex-épouse d’Hanish, a pris les rênes du pouvoir et gouverne l’empire d’une main de fer, omniprésente sur toutes les affaires. Cependant, la mort d’Aliver, son frère aîné, qui avait ouvert une voie vers un monde plus juste, pèse encore sur le monde d’Acacia. Mena, sa jeune sœur, est écartée du pouvoir, avec la mission d’aller traquer les Abominations, des créatures contrefaites par le Santoth, un cercle de sorciers légendaires en route vers le bannissement. Dariel, le dernier enfant akaran, s’est lancé dans l’humanitaire, aidant les habitants des régions dévastées par la guerre, à reconstruire.
Aliver avait fait interrompre la consommation de la brume, une drogue qui avait maintenu la stabilité de l’empire pendant vingt-deux générations, en enfumant les populations. Au début de son règne, Corinn avait demandé à la Ligue des Vaisseaux de trouver un moyen nouveau pour répandre la drogue. Les ligueurs, voulant en apprendre plus sur les habitants des Autres Contrées, ont envoyé des espions ...qui se sont fait prendre. Les responsables de la Ligue, pour renouer les liens commerciaux, souhaitent la présence de Corinn, à leur côté, pour renforcer leur position. Ils proposent que Dariel les représente auprès des Auldeks et du Lothan Aklun. Or, cette démarche masque une nouvelle machination...
Après le premier tome consacré, pour l’essentiel, aux suites d’un complot fomenté contre une famille régnante, dans le Monde Connu, le second tome transporte l’action dans les autres Contrées, ces territoires situés au-delà des Flots Gris. Seuls les navires de la Ligue sont à même de franchir l’océan qui sépare les deux mondes.
David Anthony Durham ouvre ainsi un nouveau volet de son univers, entraînant le lecteur vers de nouvelles menaces émanant de peuples quasiment inconnus des héros. L’auteur utilise une technique narrative intéressante en partant du détail, d’une perception restreinte d’un individu pour aller vers une vision plus large, plus sociétale. Il ne perd pas de vue, dans son intrigue, la dimension économique de toute activité, mettant en avant les besoins en ressources, en finances et la nécessité d’échanges commerciaux.
David Anthony Durham truffe ainsi son récit d’une quantité de réflexions pertinentes sur les faits de sociétés, les grands problèmes qui se posent à notre civilisation de type occidental. Il reprend, en les adaptant, des éléments de la réalité qui nous entoure et les incorpore aux mondes qu’il imagine. C’est ainsi qu’on retrouve les enjeux auxquels se confronte l’humanité comme, par exemple, la raréfaction de l’eau dans certaines régions, la diffusion systématique de drogues qui font de plus en plus de victimes. Le romancier reprend comme thème central, en l’amplifiant, une situation qui devient plus que préoccupante. L’Homme des « pays développés » met au point les outils pour vivre de mieux en mieux et de plus en plus longtemps. Mais, dans le même temps, il perd de sa capacité de fécondité. L’auteur synthétise le constat en un concept novateur par lequel une partie de l’humanité de son univers gagne l’immortalité mais perd sa fertilité.
Il montre l’obligation de prendre des décisions qui, malgré le bouleversement qu’elles peuvent occasionner à ceux qui tirent le plus de profit de la situation présente, engagent l’avenir. Mais il illustre également le mépris des dirigeants politiques qui ne pensent qu’à assurer la continuité de leur pouvoir, à n’importe quel prix. L’auteur sait, cependant, ne pas être manichéen, avec des bons trop angéliques et des méchants vraiment irrécupérables. Chaque personnage porte sa part d’ombre et de lumière.
Mais avec la lecture de la fresque Acacia, on se laisse entraîner, avec plaisir, dans les époustouflantes aventures des héros, le foisonnement d’univers novateurs, imaginés par un auteur qui possède le souffle, la puissance narratrice, l’imagination fertile, tant pour la mise en scène de situations, que pour la construction de personnages et pour les péripéties de leur parcours.
Et on en redemande !
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