La règle d’unité de lieu est respectée. L’action se déroule dans la pièce de la maison qui connaît tous ses mouvements : le vestibule. Celui-là est grandiose, avec ses escaliers donnant une idée de la valeur du patrimoine, mais il est richement évidé : privé de tous ornements, baigné de fenêtres à grands barreaux figurant l’enferment de la maisonnée sous la férule de la passion du maître.
Les multiples entrées sont utilisées pour multiplier les effets de profondeur, l’impression d’effervescence et de précarité de la situation présentée. Certes l’avare, on sait bien ce que c’est : le tableau d’une passion, d’une monomanie qui risque bien de donner à la pièce une facture monolithique de grotesque simple. Mais Catherine Hiegel a choisi de dynamiser la représentation au moyen de courses, coups de bâton, cris de violence.

A travers cette mise en mouvement d’ensemble, s’opère une valorisation des domestiques et des personnages secondaires, dans un équilibre tangent et pourtant efficace. Car sont ménagés des moments de répit, des monologues, qui alternent avec les cavalcades dont sont un peu trop volontiers rythmées les scènes. Les rondes, poursuites, pitreries, mascarades risquent de tourner l’affaire en jeu de cirque.
Un spectacle finalement fort honnête, qui redonne vitalité à une des pièces les moins probantes de Molière. On pourra pourtant discuter un final en forme de ballet dont le second degré n’est pas affirmé autrement que par une mise à mort du père qui apparaît incohérente avec le propos de la pièce. Bref, une farce réussie dont on sent qu’il ne faut pas trop interroger les limites.
L’Avare
Mis en scène par Catherine Hiegel.
Avec Dominique Constanza, Christian Blanc, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Pierre Louis-Calixte, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim.
Comédie-Française, place Colette, salle Richelieu. Du 19 septembre 2009 au 21 février 2010.
En matinée à 14h et en soirée à 20h30.
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