Amis depuis l’enfance, ils sont cinq à se retrouver à l’aube de la soixantaine. Ils ont raté leur vie. Julien est un nègre spécialisé dans les mémoires de vedette, Marcel est cuisinier dans un restaurant de troisième zone, Charles est gérant de la plus petite agence du Crédit Viticole, René a mis quarante ans à devenir inspecteur et Louis est un comédien de pubs pour troisième âge. Tous divorcés ou sans attaches, ils se retrouvent dès qu’ils peuvent et prennent pension chez Marcel. Ils viennent volontiers dans l’appartement de Julien. Ce dernier possède un télescope braqué sur une fenêtre de l’immeuble d’en face où une fille vend ses charmes à un « tonton gâteau ».
Marcel, qui se vante d’être un homme à femmes, les stupéfie lorsqu’il arrive, au bras de la belle, lors du cocktail organisé pour la sortie de la nouvelle biographie écrite par Julien, dont le rôle reste cependant transparent. La jeune femme s’appelle Jo et vit dans le luxe. Elle les invite chez elle, pour le lendemain parce qu’elle n’aura pas de visite. Pendant qu’ils sont là, Doudou, le vieil amant, frappe à la porte. Pour se cacher, les cinq s’entassent dans la cuisine et suivent la conversation. L’homme, face au refus de la jeune femme de faire l’amour, la menace. Une gifle claque. N’y tenant plus, ils font irruption pour lui porter secours. L’homme s’en va furieux.
Jo n’a plus personne pour lui assurer son train de vie. Les cinq décident, alors, de remplacer Doudou financièrement et ...dans son lit ! Mais leurs pauvres réserves monétaires sont vite épuisées. Jo propose alors une solution pour qu’ils retrouvent de l’argent. Quand Doudou la sortait, il n’imaginait pas qu’elle ait autre chose que de jolies fesses et parlait librement de ses affaires, de ses arnaques et malversations...
Jean Van Hamme signe, dans cet album, quelques scènes d’anthologie, comme la page où les cinq losers reçus, pour la première fois, dans l’appartement de Jo. Dans ce one shot, (mais le restera-t-il avec un tel groupe de personnages ?) le scénariste décline une série de situations où se mêlent la verve des Vieux de la vieille et la rouerie des Pieds nickelés.
Il construit des personnages plus vrais que nature, aux caractères d’une réalité confondante. Jean van Hamme met en scène son récit avec un style très cinématographique, utilisant, par exemple, des « arrêts sur images » pour donner les indications sur les personnages, leur passé, leurs marottes ou leurs travers. On retrouve avec plaisir ces « BD à textes » renouant avec les albums des années cinquante où l’image laissait une large place à l’écriture. Le scénariste nous dispense de ces pages seulement remplies de bruits, fracas et onomatopées.
La partie graphique a été confiée à Paul Teng, un choix plus que judicieux. Si ce dernier n’est pas un nouveau venu dans la BD, il n’avait pas eu l’occasion de donner le meilleur de lui-même. Il a commencé à se révéler avec Shane (Le lombard) une série historique avant de réaliser un excellent graphisme dans les cinq tomes de L’Ordre Impair (Le Lombard). Avec cette série, il est devenu de plus en plus à l’aise pour dessiner la période contemporaine. Avec Le Télescope, il prouve qu’il peut, avec bonheur, intervenir sur toutes les périodes, donner chair à des personnages, parfaire expressions, attitudes et décors. Un nouveau talent est éclos.
Jean Van Hamme disait vouloir prendre du recul par rapport à ses séries phares et retrouver plus de liberté de création. On ne peut, à la lecture du Télescope que se féliciter de sa décision.
L’auteur, dans un résumé de l’album, en quatrième de couverture, concluait : « ...une histoire résolument immorale... » Certes, dans une stricte application du droit, cette histoire est immorale, ...mais si réjouissante. C’est si bon de retrouver cet esprit de justice qui animait Arsène Lupin, Robin des Bois, de voir le voleur volé, le piranha dévoré, le financier roulé par plus escroc que lui, que ce récit ...devient moral !
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