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Beaux livres
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Les Marabouts tracent un "éternel sillage vers le temps" nous informe Tahar Ben Jelloun dès la première page. Nous sommes donc avertis. Nous entrons dans le monde éternel. Ce livre est un rêve. Témoin d’une tradition. Il présentera ces monuments dépouillés qui sont des tombeaux de saints de l’Islam. Ils meublent depuis des siècles les campagnes du Maroc. On s’y arrête. On s’y attarde. Ce sont des lieux de dévotion. Et de ferveur populaire. En marge du culte officiel. Quand la tradition l’emporte sur le dogme... Ils sont la preuve d’une ardente passion silencieuse. Ils démontrent que ce peuple est féru de spiritualité et non fervent défenseur d’un intégrisme abscons. Oui. Le Marocain vit sa spiritualité dans son quotidien. Et peut ainsi palier les injustices qu’il subit tous les jours.

Le mot "mourabit" contient la notion de lien. Et par extension celle d’attachement, de fixation. Or, les Marocains n’utilisent jamais ce mot pour désigner ce lieu de dévotion et de pèlerinage. Ce sont les étrangers qui ont détourné et imposé ce mot. Car, en principe, il n’y a pas d’intermédiaires entre Dieu et le musulman. Selon le dogme rigoureux des wahabites. Mais au Maroc c’est différent. La religion y est vécue de manière calme et ouverte. Car depuis toujours le Maroc a vu prospérer les confréries. Ces associations qui osent ouvrir un dialogue sur l’interprétation de l’islam. Sans jamais remettre en cause le titre de Commandeur des Croyants.
Et chaque confrérie a son saint. Et ainsi ont été construits - en toute liberté - des tombeaux en souvenir de certaines personnalités.

Mais ces visites aux saints ne sont pas strictement orthodoxes. Elles frisent la pratique païenne. En effet, charger un tiers d’intercéder auprès de la volonté divine n’est pas autorisé. Mais les Marocains ont su trouver un juste milieu. On est ici en plein irrationnel : certains pensent qu’un pèlerinage suffira à régler ces problèmes ; d’autres font de l’ombre au divin avec une pièce de tissu ou apportent des offrandes...
En réalité, les saints jouent un rôle apaisant. Une sorte de psy virtuel. On vient voir celui qui a poussé l’étude au point d’atteindre une extase. Ce qui le rapprocherait des secrets du monde. La mystique est un voyage vers une forme de dépouillement. Ne l’oublions pas. Et cette transe intellectuelle a donné d’immenses poètes : Al Hallaj ou Ibn Arabi.

Au Maroc, chaque ville a son saint. C’est bien souvent son fondateur. Par exemple, Moulay Idriss est le saint de Fès. Et c’est sur une idée du peintre chilien Claudio Bravo, venu s’installer au Maroc en 1970, que ce livre a vu le jour. Lui encore qui sollicita les grands photographes espagnols Beatriz del Rio et Antonio Cores.
Un travail de plusieurs années pour aller vers l’épure. Traverser tout le pays pour ne rien omettre. Et ainsi nous donner à regarder ces merveilles. Au gré des saisons et accompagnées d’une légende poétique de Tahar Ben Jelloun.
Un Maroc inconnu et secret. Des paysages bouleversants.



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Annabelle Hautecontre, le 3 janvier 2010 - article3857.html
Tahar Ben Jelloun, Marabouts, Maroc, 80 photographies de Beatriz del Rio & Antonio Cores, 5 dessins de Claudio Bravo, relié sous jaquette couleurs, 225 x 297, Gallimard, octobre 2009, 192 p. - 30,00 €
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