Ambiance Belle Epoque, climat années folles. Les rapports entre les protagonistes intervenant d’emblée de façon impromptue, dans le registre de la légèreté, manifestent un esprit frivole. Des panneaux coulissants permettent de diversifier les tableaux présentés, parvenant à donner de la profondeur à la minuscule scène du théâtre de poche. Le spectacle se montre de part en part dynamique, fringuant, d’une certaine pétillance. Les acteurs ont beau jeu de s’investir dans ce registre de distraction, mettant leur corps et leur chœur au service de plaisanteries, de minauderies, de sauteries.
Cela reste d’une joie facile, qui inonde le public d’une gaité communicative mais dénuée d’élaboration fructueuse. Schnitzler est ici sans force, sans puissance parce que privé de scandale comme d’inquiétude. Série de scénettes sans suite, la ronde est celle des passions les plus basses : on assiste au déroulement vaudevillesque des contes de la concupiscence ordinaire.
On a connu Marion Bierry mieux inspirée dans ses choix. Là, certes elle déploie son talent de mise en scène, mais c’est en toute gratuité, dans la mesure où le propos de Schnitzler est sans intérêt ; on est réduit à apprécier les intertextes de Musil, décrivant à titre d’intermèdes les frasques du temps. Ce divertissement n’est prétexte qu’à quelques facéties qui, pour révéler l’astuce de l’ensemble des contributeurs, n’en restent pas moins seulement plaisantes, grivoises, pour tout dire gratuites.
Même la menace de la guerre, qui ouvre et ferme ce spectacle de ses sonorités dramatiques, ne parvient pas à donner à ce spectacle la moindre profondeur.
La ronde, d’Arthur Schnitzler
Mise en scène de Marion Bierry
Avec Vincent Heden, Alexandre Martin, Sandrine Molaro, Serge Noel, Marie Reache, Aline Salajan et Eric Verdin.
Au théâtre de Poche Montparnasse, 75, bd. du Montparnasse 75006 Paris. Du 11 décembre 2009 au 28 février 2010
Texte traduit par Henri Christophe, Actes Sud-Papiers, 1987.
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