Les acteurs qui attendent le public le considèrent d’un œil discret et vigilant, installant d’emblée lentement un curieux rapport de présence. Ce n’est pas la distance créatrice que cherche à instaurer le collectif Tg Stan. Au contraire, la familiarité que manifestent les protagonistes de l’explication sans fin qui se déroule sous nos yeux tend à nous rapprocher des personnages.
Mais la crudité du décor - les murs à blanc, quelques ustensiles à même le sol, la disposition des corps, quelquefois ostensiblement déposés sur scène -, l’absence de travail sur les costumes, les changements de rôles témoignent de la recherche d’une épure de la théâtralité. Les personnages se jouent des objets qui conditionnent leur attitude, du rôle qui pourrait les inscrire définitivement dans le cadre d’une narration, du texte à vocation intimiste et introspective.

La représentation s’instaure ici à contre-texte : les acteurs profitent des objets improbables qui habitent le plateau, des hésitations, voire des rapides ratures qu’ils imposent à une langue qui ne leur est pas maternelle, même si elle ne leur est plus tout à fait étrangère ; les jets de lumière et les flots de musique progressive viennent déstructurer encore un plateau composite dont le seul liant est finalement le lien ténu entre les personnages. La multiplicité des registres convoqués accentue l’effet d’abstraction produit par la représentation.
Un travail riche, précieux, savant, presque surélaboré, auquel on ne pourra reprocher que de pêcher par excès de sophistication. Cette réserve n’obère aucunement le sentiment de vérité, la vive impression que produit cette recherche délibérément précaire d’essentialité thaumaturgique.
Le Chemin solitaire d’Arthur Schnitzler
par Tg STAN
Avec : Natali Broods, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Nico Sturm et Franck Vercruyssen Traduction : Martine Bom
Costumes : An D’Huys
Lumière : Thomas Walgrave
Pièce créée par le collectif anversois Tg Stan en 2007, reprise à l’occasion de leur vingtième anniversaire en France au mois de novembre à Toulouse, puis au mois de décembre dans le cadre du Festival d’automne à Paris.
Du 14 au 20 novembre 2009 à Toulouse, du 1er au 17 décembre à Paris, Théâtre de la Bastille.
Texte disponible (dans une autre traduction) aux éditions Actes Sud.
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