Une grande salle profonde au mobilier indéterminé accueille des intrigues complexes, intriquées, qui mobilisent des acteurs volontiers agités, jetés dans leur rôle. Cette scénographie laisse les personnages à leur texte, paraissant vite long, lourd et fantasque. Les protagonistes sont aux prises avec des valeurs qui les dépassent ; ils les questionnent sans pouvoir les remettre en question ; ils tentent de se jouer des rigidités sociales qui leur sont imposées.
L’investissement des comédiens est en pure perte. Une pesanteur s’installe d’emblée ; les dialogues ne se départissent jamais de leur formalité ; ils prennent place dans un agencement auquel le public reste extérieur. Les intermittences musicales, de nature illustrative, ne parviennent pas à dynamiser ce spectacle.
Certes, on voit que le pouvoir s’insinue sournoisement dans les consciences, instaurant une continuité de tension tout à la fois psychologique et politique. Pourtant, on ne voit pas qu’une hiérarchie soit mise en place, qui permette d’initier une lecture. Au contraire, tout est donné, sans relief, comme jeté sur scène. On change de registre sans percevoir d’intention constructive.
On hésite entre l’ironie et le tragique ; la position politique de Dostoïevski n’est pas explicitée. La résolution des dilemmes de la conscience personnelle et collective semble enfoncer le verbe dans l’esprit de chaque individu sans plus constituer un sens global.
On a affaire à de bonnes prestations, à un travail visiblement accompli de décoration. Mais on ne sait toujours pas ce qu’on fait là : on se demande continuellement, au cours des longues heures de ce spectacle, pourquoi on nous a conviés aussi nombreux à des auditions aussi nombreuses.
Les Possédés
Texte Fédor Dostoïevski
Texte français Sacha Saint-Pierre
Mise en scène et adaptation Chantal Morel
avec : Fabien Albanèse, Vincent Bouyé, Nicolas Cartier, Stéphane Czopek,Dominique Collignon-Maurin, Roland Depauw, Marie Gauthier, François Jaulin, Isabelle Lafon, Marie Lamachère, Rémi Rauzier, Servane Ducorps
Dramaturgie Marie Lamachère
Etudes des matériaux politiques Jean-Pierre Athur Bernard
Musiques Patrick Najean
Espace Sylvain Lubac
Costumes Cidalia Da Costa
Lumière et régie générale Isabelle Senègre
Coiffures et maquillage Sophie Niesseron
Co-production : MC2 : Grenoble / Théâtre Nanterre-Amandiers / L’espace André Malraux de Chambéry / La Scène nationale de Sénart à Combs-la-Ville. Avec le soutien de la Fonderie en accueil résidence.
Au théâtre Nanterre-Amandiers, du 27 au 29 novembre 2009, du 4 au 13 decembre 2009 grande salle, le vendredi et samedi 17h30, le dimanche 14h30, Durée : 6h30 avec entractes.
Il y a 2709 signes dans cet article.