Sarah et Richard sont mariés depuis dix ans. Ils forment un couple heureux et équilibré... en apparence. Chaque jour Richard part travailler au bureau pendant que Sarah reste à la maison. Et deux ou trois après-midi par semaine, elle reçoit Max, son amant avec l’aval de son mari qui accepte parfaitement l’existence de Max... jusqu’à ce qu’un jour une question de trop fasse vaciller cet accord.
Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour satisfaire celle que vous aimez ? Celui que vous aimez ? Le désir peut-il survivre à la norme ? Telle est la véritable question soulevée par cette pièce d’Harold Pinter. Qu’est-on prêt à accepter par amour ? Où se situe la limite ? Votre limite ?
Telle est la véritable force de la pièce, celle d’interpeller inévitablement le spectateur sur ses propres limites et sa conception personnelle de la relation de couple et de l’Amour véritable. Spectateur qui se croit à l’abri, réfugié confortablement derrière ses fous rires, mais qui ne peut s’empêcher de se demander : et moi, que ferais-je dans une telle situation ?

Ainsi, on alterne entre le rire, le questionnement, l’étonnement et on reste scotché par tant de justesse, autant par l’interprétation des acteurs que par la mise en scène très judicieuse et fort bien menée. Le spectacle est tout autant dans la salle que sur scène... Et en aucun cas on ne reste insensible à l’œuvre elle-même tant elle pousse à une véritable introspection.
Une pièce très réussie à tout point de vue et qui ne laisse pas indifférente. Harold Pinter, prix Nobel en 2005, en tant que maître dans l’art de révéler les plus profonds troubles de l’être humain, aurait sans doute apprécié. On est ici à la limite du huis clos, dans un décor quasi immaculé, afin de mieux percevoir toute l’ambigüité des personnages, d’apprécier leur personnalité... et nous amener à nous interroger sur notre capacité à aimer et à accepter... ou non.
Le spectateur appréciera tout particulièrement, outre le cadre du Café de la Danse, la voix "live" qui nous plonge définitivement dans l’atmosphère feutrée de ce jeune couple, marié depuis dix ans et en prise à une question existentielle à laquelle nombre d’entre nous se trouve confronté tôt ou tard.
Fondée en 2004, la compagnie BordCadre n’en est pas à son coup d’essai. Etablie dans le Pas-de-Calais, la compagnie s’inscrit dans un axe de développement franco-britannique via un partenariat artistique avec la compagnie Third Party. Le choix d’Harold Pinter n’est donc en rien laissé au hasard, les deux co-directeurs de la compagnie, Guillaume Tobo et Cécile Hirst, ayant vécu de nombreuses années à Londres.
On comprend alors d’autant mieux l’atmosphère typiquement londonienne que la compagnie a su recréer. Il ne vous reste alors plus qu’une seule question à vous poser : oserez-vous vous y confronter ?
Ma réponse est Oui, sans hésitation !

Direction artistique : Cécile Hirst et Guillaume Tobo / Compagnie BordCadre
Mise en scène : Cécile Rist
Avec : Dounia Sichov, Guillaume Tobo, Robert Hatisi
Scénographie : Mathieu Crescence
Lumière : Carole Van Bellegem
Traduction : Eric Kahane - L’Arche agent théâtral du texte représenté
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