C’est une solitude flagrante, cette femme réduite à la ténuité de sa voix masquée, surplombant sa sombre nudité, qui va conquérir par la parole une consistance. Sa silhouette à la stature haute, déportée, est d’abord projetée en fond de scène, opaque, dominant lourdement son interprète. Des lampes pleurent leur lumière rouge, accompagnant la voix pure de Marianne Pousseur qui épouse avec grâce le travail subtil de Georges Aperghis.
Vient se refléter en fond de scène la mare dans laquelle joue l’actrice ; ses moindres mouvements lui font alors de gigantesques auréoles aquatiques. Ses propos et ses chants semblent se mirer en ondes savantes, créant comme un espace de réverbération visuelle. Des cristaux jetés dans l’eau viennent la faire bouillonner pour finalement révéler un texte crypté, qui vient saturer la scène.
A terme le visage de l’actrice est projeté dans l’eau, en simultané, se reflétant devant elle dans une mise en abyme sophistiquée. Ritsos use d’une subtile dialectique pour renverser les rôles et réveiller de son silence oublieux la seconde fille d’Œdipe, l’autre Antigone.
Le discours d’Ismène souffre de sa dépendance à l’égard de son icône de sœur, de son totem de père ; il est continûment proféré en creux, comme un écho sans voix. Reste une subtile mise en scène, jouant des lumières et des sons les plus simples pour habiller le silence : une riche élaboration qui sauve la ténuité de son intention. Un travail fouillé, précis, précieux, d’une savante minutie, pour habiller une plainte salvatrice, une clameur propitiatoire.
Une fenêtre intérieure vient figurer une méditation cristalline dans un écrin esthétisant. Une création poétique suspendue dans la beauté transparente de sa viduité paradoxale.
Ismène
Texte de Yannis Ritsos
Musique originale Georges Aperghis
Conception Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli Dramaturgie
Collaboration à la mise en scène Guy Cassiers avec Marianne Pousseur
Espace, lumière et mise en scène Enrico Bagnoli
Son et décor sonore Diederik De Cock
Le spectacle est un opéra pour voix seule, en l’occurrence celle de Marianne Pousseur.
Le texte Ismène est publié aux éditions Gallimard.
Au théâtre Nanterre-Amandiers, du 26 au 28 novembre 2009, du 1er au 3 decembre 2009
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