Ils sont tous là, sur le côté, ils nous attendent en coin. Les chevaliers de la Table Ronde sont, sur le ton de la provoc, soumis à un rythme d’enfer : pour cause, le diable, père de Merlin, entend mener la danse effrénée de nos nobles lurons.
Les répliques se déploient, se chassent, superposant et interpolant les grands mythes de façon joyeusement postmoderne. Le ton ironique et fondeur, le surcodage d’un narrateur viennent renforcer l’aspect délibérément décalé de la pièce. Un procédé puissant et riche, permettant des variations de registre décapantes ; les acteurs se paient même quelquefois le luxe de jouer à ne pas jouer.
Un décor sobre, minimaliste, composé des murs bruts et de quelques accessoires hétéroclites, sur lesquels viennent s’inscrire par contraste les costumes kitsch. Un foisonnement de situations brèves et cocasses : tout se déroule comme sur un plateau de télévision, à une allure vive et inspirée, presque frénétique.
La geste arthurienne est revisitée dans une parade foisonnante de situations enchantantes, de chausse-trappes, d’ironies salvatrices, d’apophtegmes jetés mêle-pêle qui ne départissent jamais ce réjouissant spectacle de son dynamisme fringuant et salvateur.
De bonnes idées, un texte décapant conduisent à de judicieuses trouvailles, faisant par exemple de Mordret un impossible repenti, de Perceval un idiot, d’Arthur un ingénu. Certes on pourrait reprocher à la représentation, par son hilarité, de tourner au comique troupier. Mais la pièce évolue avec bonheur vers la gravité, gagnant à conjuguer le second degré avec la mise en abyme révélatrice, particulièrement au cours de la deuxième partie.
Les situations créées, cadencées de façon alerte, acerbe, exhibent l’absurde nécessité de la violence, mettant le pouvoir face à ses contradictions. Un festival cocasse et profond, pyromane et pompier, du drame à gorge déployée.
Merlin ou la terre dévastée
de Tankred Dorst
avec la collaboration de Ursula Ehler
création du collectif Les Possédés
dirigée par Rodolphe Dana
avec Simon Bakhouche, Laurent Bellambe, Julien Chavrial, David Clavel, Rodolphe Dana, Françoise Gazio, Katja Hunsinger, Antoine Kahan, Nadir Legrand, Gilles Ostrowsky, Christophe Paou, Marie-Hélène Roig
A La Colline - théâtre national - Petit Théâtre du 20 novembre 2009 au 19 décembre 2009 du mardi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h
Le spectacle a été créé à la Ferme du Buisson (7 au 15 novembre 2009). Production collectif Les Possédés, La Colline - théâtre national, La Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne-la-Vallée, Nouveau Théâtre d’Angers - Centre dramatique national des Pays de la Loire, Le Bateau Feu - Scène nationale de Dunkerque, Théâtre de Nîmes, Arcadi
avec le soutien de la DRAC Île-de-France et du Conseil Général de Seine-et-Marne
avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Le texte est paru à L’Arche Éditeur (2005) qui en est le représentant théâtral.
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