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Beaux livres
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Le groupe de Bloomsbury est né au début du siècle dernier. Dans le quartier londonien du même nom. A l’initiative de Roger Fry, Clive Bell, Duncan Grant ou encore Vanesse Bell ils formèrent une extraordinaire réunion d’artistes. Un ensemble de personnalités qui firent voler en éclats les portes du conformisme. Une association informelle mais si fondamentale.
Sa genèse nous conduit au sein de la famille Stephen. A la mort de Sir Leslie (1904), la famille s’installe au 46 Gordon Square. A Londres, en plein cœur du quartier bohème de Bloomsbury. Les deux jeunes filles ont décidé de devenir artistes. Conscientes que les règles sociales de l’époque leur barreraient l’accès à Cambridge. Vanessa serait peintre. Virgina, la cadette, écrivain. Et Cambridge vint à elles. Chaque jeudi soir pour évoquer librement la beauté, l’indépendance, la littérature. Le groupe de Bloomsbury était né.

La partie plastique du groupe s’articule autour de trois peintres : Vanessa Bell, Roger Fry et Duncan Grant qui sont au centre de l’exposition que La Piscine propose jusqu’au 28 février 2010, à Roubaix.
Fry est une figure essentielle de la scène artistique de l’époque. Peintre et historien de l’art, il a été conservateur au Metropolitain Museum de New York. C’est lui qui va organiser les premières expositions postimpressionnisme. Manet en 1910. En 1912, le deuxième volet : Post-Impressionist Exhibition. Révélant au public anglais les grandes figures de l’art moderne continental. Cézanne, Van Gogh, Gauguin, Derain, Matisse, Picasso, Vlaminck...
Ces deux manifestations dérangent. De violentes critiques sont publiées par la presse. Mais elles auront servi la cause. Et aujourd’hui, elles sonnent comme l’un des grands moments de la diffusion de l’art moderne français hors de ses frontières.

Dans la foulée, Fry s’attaque à une nouvelle forteresse. Faire réaliser des meubles et des objets à partir de modèles proposés par des artistes. Sans leur signature mais sous le label des ateliers Omega. Une volonté d’égalité novatrice. Une aventure qui associera les artistes anglais mais aussi leurs pairs français installés à Londres. Bussy et Doucet, notamment. Un échec commercial mais une première pierre dans le jardin du conformisme. Les arts appliqués invitent la peinture : english spirit...

Mais dans ce premier échec, l’amertume n’aura place. Le groupe rebondit. C’est la maison qui deviendra l’un des concepts fondamentaux de Bloomsbury. Belle et Grant - après la fermeture des ateliers - ne cessent de créer des décors architecuraux. Et Fry, dans ses meubles peints, transforme en tableaux les éléments du quotidien.
Cette passerelle invisible entre pictural et décoratif sera l’une des composantes de l’esprit Bloomsbury. D’ailleurs, la maison de Vanessa Belle, à Charleston, est l’authentique thébaïde du groupe. Elle affiche cette pleine confusion recherchée entre le pictural et le décoratif. Cette ferme du Sussex, si elle se construit comme une œuvre, est surtout une installation. Elle est un élément plastique souvent repris dans les peintures des uns ou des autres.

L’exposition de La Piscine - grâce à des prêts exceptionnels - montre parfaitement ce dialogue entre le vrai et le sublimé. Elle facilite la compréhension du visiteur en cette activité qui est une œuvre de création pure. Elle vous fera découvrir l’importance de ce travail. La fulgurance de cette inspiration. La rigueur de son exécution dans le choix de ces œuvres croisées qui proposent d’innombrables jeux de rôles.

Le musée de Roubaix, depuis un siècle, a mis la relation arts plastiques et arts décoratifs au cœur de son projet culturel. Suivant une vision que ses fondateurs avaient empruntée au modèle anglo-saxon. La Piscine présente donc une exposition qui s’ancre dans l’histoire. Elle s’inscrit même - grâce à quelques achats récents qui, pour la première fois, font entrer des objets de Fry, de Grant et de Bell dans les collections publiques françaises - dans le patrimoine du musée.
Ainsi, le public français va pouvoir accéder à l’esprit de Bloomsbury. L’un des souffles les plus libres. Les plus novateurs du siècle dernier.

Et pour ceux qui ne peuvent se rendre à Roubaix. Ceux qui veulent en conserver la mémoire. Prendre le temps de tout découvrir. Ce livre qui est plus qu’un simple catalogue. Mais bien la bible de Bloomsbury. Une dizaine d’essais érudits accompagne l’ensemble des œuvres présentées. Assujetties de notices biographiques. Et d’orientations bibliographiques.



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Annabelle Hautecontre, le 11 décembre 2009 - article3831.html
Collectif, Conversation anglaise - Le groupe de Bloomsbury, relié, 230x287, 270 illustrations couleurs et N&B, Gallimard, novembre 2009, 265 p. - 39,00 €
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