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Beaux livres
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Epoustouflant

Il y a des livres indescriptibles, l’idéal pour un chroniqueur, vous dites-vous un sourire aux lèvres, et vous n’aurez pas tort tant la tâche peut être ardue ; même la prolixe Muriel Barbery, l’épouse de notre zélateur, ne s’est fendue que d’une petite préface, histoire de laisser apparent le lien qui les unit, et de nous inviter modestement à entrer dans l’univers de son époux ; mais l’intrépide ne s’est pas risquée à évoquer les photographies qui suivent ses lignes car c’est impossible, sauf à dire n’importe quoi, à être ampoulé, ridicule, à côté de la plaque, redondant, lourd, voire inutile... Alors que.
Voilà bien l’impact de ce livre. Etre coi. Et le rester, demeurer en dedans, partagé par la seule offrande possible : faire passer. Physiquement s’entend, acheter et offrir ce livre autour de soi, inviter ses amis à s’y plonger lors d’une visite et se retirer sur la pointe des pieds pour ne pas les troubler lors de leur voyage. Ce livre transcende comme peut le faire un tableau d’un grand maître, il foudroie aussi, si bien que peu de mots, aucun mot ne parviendra à rendre le centième de l’émotion ressentie. Pas le moindre mot n’est à la hauteur de la performance que ces images produisent sur le regardeur qui s’enfonce alors dans une sorte de transe voluptueuse, sable mouvant picotant chaque pore comme un ouragan d’orgasmes successifs qui ne sont encore rien à côté de la réalité...

Mais alors quoi, comment, que se passe-t-il dans ce livre-là ?
Stéphane Barbery serait un débutant, d’après Muriel, petite coquetterie qui n’engage qu’elle, car vous en conviendrez très vite dès la première page, c’est tout le contraire. Autodidacte sans doute, mais débutant plus vraiment, tant ses photographies, parfois en noir et blanc, parfois dans les tons sépias, d’autres sous des dominances chromatiques uniques, sont tellement abouties que la chance n’y est pour rien. Même si elle sourit en générale aux audacieux.
D’ailleurs, monsieur Barbery est aussi un iconoclaste qui n’a que faire de l’exclusivité et s’en va, aussitôt shootées, livrer sur son site le fruit de ses visions pour les partager avec vous tous. N’hésitez donc pas à y faire un (grand) tour... et vous comprendrez le choix cornélien qui a du être celui du photographe et/ou de l’éditeur quand il a fallu faire un tri pour mettre en pages ce monumental ouvrage.
Lequel est présenté de jolie manière : la couverture donne accès à un livre légèrement plus petit, à la peau ivoire, enchâssé dans une toile noire. Séparées par des feuilles de calque, les différentes parties s’articulent avec grand soin dans un rythme unique, découpage musical entre pleine page et respiration, une blanche et deux noires, dans cette symphonie consacrée à la magnificence de Kyôto.

Une réussite qui provient de l’étape essentielle du développement à laquelle s’est tout particulièrement attelé Stéphane Barbery, se laissant influencer par cette culture nippone qu’il vénère et son attrait pour l’écriture en kanji. De ce métissage est en train de naître une œuvre unique dont la première pierre est ce livre.
Ne passez pas à côté du bonheur terrestre de la contemplation...



Il y a 3181 signes dans cet article.
François Xavier, le 14 décembre 2009 - article3830.html
Stéphane Barbery, Un an à Kyôto, préface de Muriel Barbery, 325 x 265, Gallimard, octobre 2009, 152 p. - 39,00 €
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