Serge Brussolo, parmi les thèmes favoris qu’il met en scène pour créer les climats angoissants dont il a le secret, compte l’enfermement ; l’enfermement physique bien sûr, mais aussi l’enfermement mental, moral, avec les psychoses qu’il génère. De ces situations, il sait faire ressentir la sensation oppressante, l’étouffement, l’écrasement, les obsessions et selon les cas toutes les frayeurs liées à l’obscurité. Avec ce nouveau roman, il revient sur ce thème en prenant pour cadre d’une partie de l’intrigue, un bunker souterrain, un abri construit pour résister à toutes les menaces issues de la Guerre froide.
Après une enfance troublée par l’absence d’un père criminel en fuite et la présence d’une mère à la vie très libre, Michelle Annabelle Katz, surnommée Mickie, est devenue décoratrice. Sa vocation est née quand elle a entrepris de décorer le grenier où elle se réfugiait pour s’isoler des adultes désaxés que sa mère recevait. Après être devenue la coqueluche de tous les millionnaires de la Côte Est des États-unis, elle perd sa place et entame une descente vers la déchéance. Aussi, n’est-elle pas en position pour refuser la proposition que lui fait Martin Deveraux, qui dirige L’Agence 13. Celle-ci est spécialisée dans la gestion de locaux et maisons au passé sanglant. Mickie doit aménager un bunker construit par l’armée, que Thobias Zufrau-Clarkson a acquis pour une bouchée de pain. Ce dernier est un milliardaire du pétrole, originaire de Virginie. Il est obsédé par la guerre de sécession et persuadé que l’âme de son arrière grand-père, tombé à la bataille de Shiloh, le visite. Il veut créer une nouvelle arche, selon sa conception.
Entre les batailles que Thobias reconstitue à balles réelles dans sa propriété, la recherche des restes de son aïeul sur le champ de bataille et le bunker où l’armée avait enfermé trois cents apprentis survivants qui se sont entretués presque jusqu’au dernier, Mickie est plongée dans un climat propre à développer des fantasmes. Mais quand commencent les travaux de décoration...
Serge Brussolo se spécialise-t-il dans la maltraitance d’héroïnes ? Certes, depuis le début des années 80, ce maître de l’angoisse a fait paniquer, trembler nombre de personnages, depuis David, le héros interchangeable des premiers romans jusqu’à Mickie Katz, la dernière en date à bénéficier des « prévenances » de l’auteur. Mais depuis une dizaine d’années, ce sont essentiellement des jeunes femmes, (la trentaine) éprouvées par la vie, qui viennent se jeter dans les mailles de ses machinations fantastiques. L’auteur reprend, également, pour son intrigue, tout ce qui concerne les liens avec les morts, les passages vers le surnaturel, les espaces de rencontres entre les vivants et les morts. Il s’attache toujours au décor américain, de la Floride à la Virginie, mais fouille l’histoire du pays avec une relation précise d’une partie de la guerre de Sécession. Il porte un regard dénué de toute complaisance sur ce conflit, décrivant une réalité brouillée par la version officielle des événements.
Avec la série Agence 13, l’auteur retrouve l’idée qui avait présidé à la mise en place de sa série de fantastique chez Gérard de Villiers en 1990 et dans laquelle, il avait atteint des sommets dans la littérature d’angoisse et de terreur. A cette époque le concept n’avait pas été exploité au-delà du premier tome, Cauchemar à louer, car très vite auteur et éditeur s’étaient heurtés à des possibilités réduites de développement. Pourra-t-il, cette fois, exploiter ce canevas sur la durée sans générer un sentiment de répétition ? Le Fleuve Noir annonce déjà deux nouveaux titres à paraître en juin et novembre 2010.
Parallèlement, l’auteur annonce également deux romans policiers historiques chez Plon : Le vestiaire de la reine morte et Les louvetiers du roi. Serait-ce le réveil du Grand Serge quant à la littérature pour adultes ? On ne peut que l’espérer car la lecture de Dortoir interdit nous donne envie de dévorer une suite !
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