Léna, réfugiée dans l’outback australien, tente d’oublier son chagrin par de longues promenades dans le désert, ajoutant kilomètre après kilomètre. Rob, son compagnon et Danny, son fils, ne peuvent remplacer Antoine et Sylvain. Elle évite soigneusement les émissaires des Services Secrets français qui cherchent de l’aborder. Paul-Marie de Calluire use d’un stratagème et l’oblige à l’écouter. Il a une mission d’infiltration qu’elle seule peut mener.
Par lassitude, par fatigue, par fatalisme, elle accepte et se retrouve à Sydney. Pendant des jours et des jours, elle s’imprègne des composantes de la mouvance terroriste internationale, intégrant toutes les connaissances nécessaires pour évoluer dans ce milieu sans faire d’erreurs. Puis, elle entre dans la peau de sa nouvelle identité, mémorisant les grandes phases de la vie reconstituée par les services Secrets pour correspondre au profil recherché par la cible.
C’est dans la capitale de la Géorgie qu’elle doit rencontrer le contact qui l’amènera auprès du groupe qui projette un attentat en plein Paris. Léna doit former à la vie occidentale trois femmes promises au martyre !
Pierre Christin, qui a visité notre planète en long en large et en travers, restitue en connaissance de cause les ambiances des pays où il plante son intrigue. Son approche du terrorisme, de l’Islam radical, est nourrie par une perception approfondie de la problématique. La vision du fonctionnement des réseaux et des motivations qui en animent les membres, n’est pas vraisemblable elle est réelle.
Il met en scène, avec une justesse de ton remarquable, une compréhension approfondie de la nature humaine et de sa psychologie, les différents états par lesquels passent les personnes confrontées à la mort brutale de proches. Il dresse, pour Léna, un portrait du désespoir criant de vérité, avec son je-m’en-foutisme, la vacuité de son existence où il importe de ne pas se souvenir, de ne pas penser au passé, de s’immerger dans l’instant présent sans espoir d’un futur meilleur et nous offre une héroïne singulière.
Grand reporter, écrivain, romancier plus que scénariste, fin connaisseur de tous les rouages de notre société, des religions, il dresse le profil de trois croyantes, à des degrés divers. Il fait le constat, sans concessions, des dérives qu’entraîne une foi guidée par ces intégrismes de toutes natures, qui emprisonnent les gens et en font des robots. Pierre Christin, sans envolée lyrique, défend de façon efficace la liberté, celle de penser, de vivre selon son choix.
Quant à André Juillard, il donne un travail impeccable. Son dessin remarquable, son travail sur chaque plan, sa recherche constante sur les attitudes de ses personnages (Léna déchaussée - p.17), font merveille. C’est du grand art par un des maîtres de la BD.
Léna et les trois femmes, avec son sujet ô combien ! brûlant, est un album tout à fait remarquable.
Une série qui mériterait de rafler un grand nombre de prix, si les jurys...
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