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Romans
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Mobilisé en 1939, Antoine Coupière est fait prisonnier et transféré en Bavière dans un commando de travail. Fils de paysans auvergnats sans autre horizon que son clocher de Saint-Santin-les-Roses, il retrouve en captivité des conditions de vie et un travail qu’il connaît bien, dans la ferme presque accueillante des Bayerl. Un jour, alors que les prisonniers rejoignent leur stalag, un bombardement décime le convoi. Laissé pour mort, Antoine est soigné par les Bayerl. Leur fille, Johanna, lui redonne peu à peu la vie. Mais sa guérison est longue et son retour au pays trop tardif pour ne pas attirer les questions, voire les soupçons, que le mutisme du revenant attise encore un peu plus. Dans ce petit village, il n’est qu’une personne qu’il espère retrouver : sa mère.

Antonin Malroux est un véritable Auvergnat : travailleur discret mais prolifique, il a déjà publié huit ouvrages, tous ancrés dans sa terre natale. Celui-ci ne déroge pas à la règle en emmenant le lecteur au cœur d’une campagne qui, si elle est celle des années cinquante, ressemble tout de même à celle de notre enfance - les douces soirées d’été, l’affairement des moissons, les fêtes au village, un verre pris à l’ombre des arbres sur la place de l’église, la sieste obligatoire aux heures les plus chaudes de l’après-midi... Mais ce qui touche le plus, c’est ce rapport physique, charnel de l’homme à la terre. Celle où il est né, pour laquelle il éprouve cet attachement viscéral. Celle qu’il cultive, avant tout, et qui lui offre, en retour de son labeur, le produit presque divin de ses entrailles. Celle, enfin, où on l’emmène contre son gré, mais qu’il ne peut se résoudre à haïr, même si elle est ennemie : "... plein de reconnaissance pour cette terre étrangère qu’on lui avait ordonné de haïr et qu’il s ‘était pris à aimer profondément." (p232)

C’est que la vie à la campagne, et dans ce livre en particulier, est rythmée par les travaux des champs, et des choses simples comme le temps. Le temps qui passe, bien sûr, les souvenirs qui reviennent peu à peu, les joies et les peines d’avant-guerre, les douleurs et les déchirements de la guerre, révélés avec crainte, et puis le retour chez les siens qui ne sont plus vraiment les siens. Le temps qu’il fait, surtout, "tout ce qui importe quand les champs appellent les soins des hommes." (p86) Qui a déjà vécu au moins un été à la campagne le sait bien. Le matériel moderne a rendu le travail de ceux qui trimaient moins pénible, mais il reste ce paramètre incontournable, cette impuissance des hommes. "Lever les yeux vers le ciel : premier geste du jour pour le paysan. Premier geste du premier homme." (p119)

Mais dans ce livre il n’y a pas que l’Auvergne. Il y a aussi l’Allemagne, terre ennemie mais nourricière, aussi, et généreuse, aussi. Antoine, le déraciné, le "porté disparu", se prend à l’aimer, telle une maîtresse que l’on doit cacher. Il y trouve des parents pour remplacer ceux qu’il a perdus, une femme, une terre qu’il n’avait pas chez lui.
Grâce à une poignée de blé auvergnat semé en Bavière, il fera grandir si loin de sa terre natale un nouveau noyau familial et se construira une nouvelle vie autour d’une nouvelle famille, sur une terre d’accueil.

Un roman au charme désuet de la campagne, donc, d’où la modernité n’est cependant pas absente. Poésie de l’écriture, ouverture vers de nouveaux horizons, apologie discrète de la tolérance et de la découverte de l’autre. Les héros de guerre ne sont pas forcément ceux qu’on croit...



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Agathe de Lastyns, le 16 décembre 2009 - article3821.html
Antonin Malroux, Une poignée de blé, Albin Michel, novembre 2009, 264 p. - 18,90 €
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