La curiosité est d’abord piquée par l’opération “Donogoo-Tonka”, nom aux consonances exotiques d’une ville mirage qui est le clou de la soirée. Le décor est sobrement structuré, composé de grands panneaux noirs qui permettent de faire défiler avec rapidité les scénettes et les différents tableaux. Il s’agit de sauver la réputation ternie du grand géographe Le Trouhadec, qui brigue un siège à l’Institut. Las, il s’est déshonoré aux yeux de sa profession, en inventant de toutes pièces, dans l’un de ses ouvrages, une ville perdue quelque part au Brésil, qu’il a appelée “Donogoo-Tonka”.
Le personnage central, un certain Lamendin, se fait fort de donner à cette ville une existence, ce qui donne lieu à quelques tirades sur la complicité de la science et du hasard, de l’invention et de la supercherie (Christophe Colomb n’a t-il pas persisté à croire qu’il avait débarqués aux Indes ?) L’acteur essentiel de la pièce est en réalité la rumeur : Lamendin et un banquier se chargent de propager l’idée qu’il existe une ville aux attraits incomparables, dans laquelle il vaut la peine d’investir.
On est dès lors embarqué dans ce rêve, en quête d’aventure et de nouveau monde, mêlant les langues et les conditions les plus diverses. L’auteur et le metteur en scène parviennent certes à nous faire partager cet engouement ; la salle est d’ailleurs prise à partie par le promoteur Lamendin invitant les spectateurs à participer à cette douteuse opération.
Pourtant, les gisements aurifères que promet la région ne sont pas l’essentiel, loin de là. Mais alors pourquoi tant de gens venus de tous horizons partent-ils si loin, et persistent-ils, alors même que l’on constate que la ville est introuvable ? Sans doute la magie du verbe et de cette utopie que Jules Romain a su rendre si simple, naïve, et toujours chaleureuse.
Sans doute ce spectacle illustre-t-il aussi l’idée que le salut est moins dans le but que dans la démarche. Et comment ne pas songer aux bulles spéculatives qui, d’un siècle à l’autre, sont, dans leur inconsistance, le plus sûr adjuvant de la crédulité des foules ? A cet égard, on regrette le ton léger de ce divertissement qui semble, dans la naïve transparence qu’il adopte, ne pas être même conscient des profonds effets de miroir qu’il pourrait recéler.
Jean-François Bossy
Donogoo
de Jules Romains
mise en scène Jean-Paul Tribout a
vec Jacques Fontanel , Pierre Trapet, Laurent Richard, Jean-Paul Tribout, Jean-François Guilliet, Xavier Simonin , Eric Chantelauze
Du 10 novembre 2009 au 2 janvier 2010 au Théâtre 14, 20, avenue Marc Sangnier, Paris 14e. Informations au 01 45 45 49 77
Le texte, paru en 1920 aux éditions Gallimard, n’est plus réédité depuis 1950.
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