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Libre !

Ionesco était un homme libre, dont l’esprit angoissé penchait du côté de la liberté, sous toutes ses formes, sous tous les angles, de toutes les manières possibles. Il était un amoureux de la liberté. Un de ses plus fervens défenseurs. Toujours. Viscéralement opposé à tout ce qui opprimait le sentiment de liberté il se dressait contre les régimes d’oppression en parlant ouvertement, ou en écrivant bien lisiblement que le communisme, par exemple, était une horreur pour ceux qui devaient le subir.

En cela, le théâtre de Ionesco - pas toujours si abstrait ni "déjanté" - donne au spectateur un accès direct à la vie : et cela lui confère une sorte d’aura classique ; oui, les personnages de Ionesco sont aussi des classiques !
D’ailleurs, ne parlent-ils pas une langue étrange, une langue que personne n’a parlée, un peu comme Andromaque ?
Le plus français des écrivains roumains (ou l’inverse ?) aimait la farce, car elle lui confèrait cette liberté totale que recherche tout artiste, une liberté de mouvement et de parole. Et cela lui permettait de laisser parler ce mal qui lui nouait l’estomac. Car il était un homme qui, dans un esprit d’enfance, souffrait un perpétuel scandale : le communisme, la persécution d’innocents, l’humiliation des humbles, tout cela le blessait ; il ne le supportait pas ! Lui, si plein d’amour ; alors il travaillait. Jamais dramaturge n’a été si abondant (Racine, Molière, Claudel dépassés) car le travail était son seul remède face à l’angoisse qui le tenaillait...

Débuter par un bide en aurait glacé plus d’un, mais le fait qu’André Breton, Raymond Queneauou Jean Tardieu aient aimé sa Cantatrice chauve suffit à son bonheur. Le 11 mai 1950 ne sera donc qu’une anecdote. Il s’attèle aussitôt à sa deuxième pièce, La Leçon.
Montée en février 1951 elle n’attire toujours pas les critiques. Suit en avril 1952 la création des Chaises qui voit les critiques se montrer hostiles. Mais Jules Supervielle et Samuel Beckett prennent sa défense avec Queneau et Adamov dans les pages de l’hebdomadaire Arts. Et la même année la Cantatrice est reprise. C’est - enfin - le début de la notoriété... qui le conduira en février 1971 sur les marches de l’Institut de France pour son intronisation à l’Académie française.

Lui qui fut toute sa vie en quête du langage le plus à même de traduire les images nées de son inconscient, s’est un beau jour lassé des mots... Il se réfugia alors dans le silence de la peinture. Tout en gardant un jardin secret : le cinéma.
Après un premier travail publicitaire (novembre 1951) il signe en 1959 - avec Jan Lenica - un film expérimental, L’Horrible, Bizarre et Incroyable Aventure de monsieur Tête qui sera récompensé par le Grand Prix de la critique aux Journées internationales du film court-métrage à Tours. Télévision et cinéma se suivront ainsi pendant vingt ans...
Mais la peinture restera sa dernière activité principale car vitale et source de questionnements et de travail. Toujours ce travail obligatoire pour chasser l’angoisse. Il s’impose ainsi à lui-même l’expérience d’un autre système de signes qui aura toute son importance dans son parcours littéraire, intérieur et spirituel. Cette peinture d’abord crainte - car il se disait nul en dessin - lui offre soudain une voie double. D’une part, elle est une échappatoire provisoire aux mots ; d’autre part, elle est en elle-même neuve, donc source de découvertes car discipline totalement vierge pour l’auteur.
Alors qu’elle n’était que curative, la peinture devient un champ d’investigation pour Ionesco. Il s’intéresse aux aspects techniques de la recherche plastique, comme le rapport de force du blanc et du noir, etc. La peinture, petit à petit, n’est plus alors cet ilot de calme dans la tourmente mais devient elle-même source d’angoisse... Le cercle se referme.
Que retenir de la pratique de la gouache et des écrits sur l’art ionesciens ? D’abord qu’ils font partie intégrante de son œuvre car sa peinture n’est pas sortie du néant mais est la preuve que la réflexion conduite par Ionesco est double : elle concerne non seulement l’aspect formel de la discipline mais aussi et surtout la portée métaphysique de la peinture. L’auteur y recherche la forme pure, essentialisée... Ionesco veut y trouver un langage premier, ce verbe qui lui fait défaut et qu’il tente d’atteindre à tout prix grâce à l’art, ce truchement salvateur qui pourrait le conduire à Dieu...

Les documents présentés à l’exposition et illustrant ce catalogue sont en grande partie des inédites : ils proviennent des archives personnelles de l’auteur, confiées à la BnF ppar sa fille Marie-France.
De nombreuses peintures accompagnent ce très bel ouvrage qui se conclut par des inédits forts intéressants et un dialogue Arrabal/Ionesco dans lequel ce dernier évoque ses visions de Dieu : une touche de surréalisme agnostique décapante...

L’exposition Ionesco constitue un double événement en commémorant le centenaire du dramaturge et en présentant au public une grande partie du don que fit Marie-France Ionesco, sa fille, à la BnF. Une riche sélection est présentée dans cette exposition permettant aux visiteurs de pouvoir appréhender la pensée et le travail de Ionesco. Le parcours est scandé d’extraits audiovisuels, ainsi le visiteur pourra-t-il évoluer entre dessins, tableaux, images et sons, une manière de pénétrer les arcanes de la pensée de l’écrivain, d’y ressentir les angoisses et les plaisirs de la problématique de cette œuvre magistrale.

Cet ouvrage accompagne l’exposition Ionesco présentée par la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, Galerie François 1er, du 6 octobre 2009 au 3 janvier 2010.
A noter que les Contes 1, 2, 3, 4 d’Eugène Ionesco, illustrés par Etienne Delessert, ont paru chez Gallimard Jeunesse le 10 septembre 2009.



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François Xavier, le 16 novembre 2009 - article3789.html
Noëlle Giret (sous la direction de), Ionesco, 220 x 270, 200 illustrations couleurs et N&B, Gallimard/Editions de la BnF, octobre 2009, 192 p. - 45,00 €
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