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C’est la première édition d’une correspondance unique en son genre, où la vie privée d’un couple sous Louis XVI est racontée d’une manière aussi instructive que passionnante. On entre d’emblée dans l’intimité des Bombelles, et l’on croit assister aux événements qui les concernent, avec un intérêt constamment ravivé par l’empathie qu’inspirent ces personnages, et par les faits de leur quotidien, qui nous renseignent sur leur époque comme aucun autre document n’a su le faire.
Mariés en 1778, Marc et Angélique de Bombelles se retrouvent séparés presque aussitôt à cause de leurs obligations, le marquis étant ambassadeur à Ratisbonne, et la marquise, dame auprès de Madame Élisabeth, petite-fille de Louis XV. Leurs premières lettres laissent deviner que l’épouse, encore adolescente, a plus de respect craintif que d’attachement pour son mari, tandis que celui-ci s’efforce de se faire aimer par elle. Il y parvient, et si bien qu’Angélique passe des tournures convenues aux propos passionnés, avec une candeur touchante : Je t’aime à la folie et j’en suis étonnée (p. 75), Je t’en prie, ne va plus jamais sur les lacs sans moi, car si jamais tu te noies, je ne veux pas que cela soit tout seul (p. 86).

À partir de cette étape, les époux rivalisent en sentiments enflammés, tels les personnages d’un roman d’amour contrarié, mais leurs lettres nous offrent aussi ce qu’un romancier de leur temps aurait censuré : les préoccupations très prosaïques liées à leur santé, au manque d’argent, aux petits conflits familiaux, aux intrigues de cour dont leur sort dépend - tant et plus de détails qui ne font jamais qu’augmenter l’intérêt du texte. La naissance de leur premier fils devient, pour le lecteur, l’occasion de connaître au plus près ce que pouvait être la maternité pour une femme de cette époque : Angélique tient son mari au courant de tout ce qui concerne l’enfant, portée à la fois par le plaisir d’en parler et par l’idée que Marc souffre d’être privé de sa famille. Elle ne néglige pas pour autant de lui donner des nouvelles de la vie à Versailles, qui semble la rebuter toujours davantage tout en la concernant de plus en plus vivement, à mesure que le roi tarde à accorder au marquis un poste propre à permettre aux Bombelles de se retrouver enfin réunis.
Évelyne Lever, à qui l’on doit l’édition et les commentaires de l’ouvrage, a su faire un choix de lettres assez large pour nous donner l’impression de suivre la vie des Bombelles pendant cinq ans, tout en évitant au possible les effets de redite et de temps morts.

L’ensemble forme un récit comparable aux œuvres de fiction par la façon dont il entretient la curiosité du lecteur - un avantage rarissime en matière de documents historiques, qui vient s’ajouter à l’intérêt factuel du texte, rendant ce livre exceptionnel à tout point de vue. On lui souhaite un succès à la hauteur de ses qualités.



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Agathe de Lastyns, le 16 novembre 2009 - article3787.html
Marquis et marquise de Bombelles, Lettres intimes, 1778-1782. Que je suis heureuse d’être ta femme, coll. "La Bibliothèque d’Évelyne Lever", Éditions Tallandier, octobre 2009, 569 p. - 29,00 €
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