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Il n’était pas marchand d’art, mais galeriste. Disait-il. Répétait-il à l’envie. A d’autres ! S’il s’est ainsi imposé dans le monde de l’art, c’est aussi qu’il a su réinterpréter les règles. Ce grand bourgeois qui a élevé le dilettantisme au rang d’art, a du émigrer aux USA en 1941. Il attend quinze ans pour ouvrir sa galerie. Il a cinquante ans. Mais sa première exposition est un coup de maître. Jasper Johns rencontre le succès d’entrée... Castelli plonge alors dans l’art contemporain. Il prend fait et cause pour les artistes américains (Lichtenstein, Warhol, Rosenquist, etc.). Adopte comme religion les mouvements esthétiques (le Pop Art, l’art minimaliste, l’art conceptuel). Et souffle un vent révolutionnaire sur le monde sclérosé du marché de l’art. Il invente un modèle économique inédit (mensualiser les artistes, architecturer les archives) qu’il gère avec un pragmatisme tout américain. Sous les feux de la rampe Leo Castelli transforme le marché de l’art. Ayant déjà tout compris, il lui ouvre les portes de la mondialisation avant l’heure. Avec Castelli l’art sort des salles poussiéreuses pour devenir une mode puis une institution. Incontournable.

Pour nous narrer par le détail cette rocambolesque aventure, Annie Cohen-Solal n’a pas hésité à payer de sa personne. Durant quatre ans, elle sillonna l’Europe puis le monde. Trieste, Udine, Venise, Milan, Vienne, Budapest, Paris, Sao Polo, San Francisco et New York... Débusqua des tonnes d’archives. En italien, hongrois, hébreu, allemand, français et anglais. Elle alla à la rencontre d’archivistes, historiens. Interrogea cousins et neveux. Visita toutes les maisons où il vécut.
Pour faire la biographie de Leo il fallait aussi appréhender toute la saga de la famille Castelli. Une histoire fascinante qui suivait le cours de l’histoire de l’art elle-même. Partant des terres de la Toscane, à l’époque de la Renaissance, progressant dans l’Italie baroque. Puis la Vienne expressionniste, la Bucarest moderniste, le Paris surréaliste. Pour aboutir à New York au moment de l’Expressionnisme abstrait. Et assister à l’émergence des artistes post-Dada et Pop.

Truffé d’anecdotes et de témoignages, ce gros volume ne laisse rien au hasard. Un livre-témoin qui décrypte une vie faite toute de passion et d’art.

Nota :
La collection "Art et Artistes", créée chez Gallimard en 1991, est consacrée à l’art ancien autant qu’à l’art contemporain, à la peinture autant qu’à la sculpture, la photographie ou les nouveaux médias de l’art.
Aujourd’hui, cette collection reconnue et respectée dans le monde de l’histoire de l’art et des amateurs, compte 48 titres.
La collection "Témoins de l’art" publie ses premiers titres en octobre 2009.
Comme son nom l’indique, elle est consacrée à tous les acteurs et témoins de l’art qui soutiennent ou expliquent le phénomène de la création. Le contexte est large : revues engagées, marchands éclairés, courageux, ambitieux, comme les proches des artistes eux-mêmes. Non pas les "dessous" de l’art mais les "porteurs" de l’art et des artistes, journalistes, critiques, conservateurs de musée, galeristes, "femmes d’artistes", amis ou tout simplement témoins de la création.
"Témoins de l’art" est une collection d’essais illustrés de photographies historiques qui, des ateliers aux vernissages, des réunions d’artistes aux expositions et biennales, rappellent les moments qui ont marqué l’histoire et le marché de l’art.
Qui accompagnent cet essai :
Ernst Beyeler, La passion de l’art, entretiens avec Christophe Mory
Dina Vierny, Histoire de ma vie, racontée à Alain Jaubert.



Il y a 3595 signes dans cet article.
Annabelle Hautecontre, le 10 novembre 2009 - article3784.html
Annie Cohen-Solal, Leo Castelli et les siens, coll. "Témoins de l’art", broché 140x205, plus de 90 illustrations N&B, Gallimard, octobre 2009, 592 p. - 33,00 €
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