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Que reste-t-il de Félix Faure dans la mémoire collective, si ce n’est le souvenir de sa mort ? Pas grand-chose en vérité, et c’est fort dommage. En effet, cet homme a été l’une des personnalités majeures de la III° République, très représentatif du groupe des dirigeants modérés qui s’empare du pouvoir à la fin des années 1870. On ne peut limiter son vie à la "gauloiserie apocryphe" qui entoure sa disparition.

La publication, par les éditions des Equateurs, du journal tenu par Félix Faure lors de son séjour interrompu à l’Elysée est la bienvenue. On le sait, le chef de l’Etat, sous la III° République, n’exerce qu’une autorité fort limitée. Il n’empêche que ce document est précieux. D’une part, parce que la pratique, à cette époque, de la "terre brûlée" en matière d’archives présidentielles appauvrit considérablement les fonds d’archives ; ensuite, parce que le texte nous entraîne dans les arcanes du pouvoir, à une époque cruciale, celle de Fachoda, de l’alliance russe et de l’affaire Dreyfus.

Le lecteur découvrira le rôle majeur joué par Félix Faure lors des crises ministérielles qui jalonnent la vie politique de la III° République, les manœuvres politiques dans lesquelles se mêlent luttes idéologiques, conflits personnels et ambitions inavouées. De la même façon, Félix Faure essaye de peser de tout son poids sur la politique étrangère, tenue en grande partie par Gabriel Hanotaux, à une époque où l’entente cordiale est encore loin et où des pressions s’exercent pour une alliance continentale, à laquelle se refuse Faure au nom de l’Alsace-Lorraine, plaie qui reste béante entre la France et l’Allemagne. Les pages sur l’affaire Dreyfus nous révèle un homme attaché au respect des lois et des jugements émis par l’institution judiciaire, ce qui l’empêche de verser clairement dans le camp dreyfusard, une fois convaincu de l’innocence du malheureux capitaine.

En outre, le Journal éclaire la subtile répartition des pouvoirs entre un président de la République, qui en possède mais que la tradition républicaine inaugurée par Jules Grévy encadre jusqu’à les étouffer, un président du Conseil qui n’a pas d’existence constitutionnelle mais qui est le chef du gouvernement, et des ministres, jaloux de leur autorité et soumis aux pressions du Parlement.

Ce document subit bien sûr les lois du genre. Félix Faure se donne, on s’en doute, le bon rôle dans toutes les discussions et les analyses qu’il retranscrit. Les portraits de certains ministres ou d’hommes d’Etat sont souvent féroces, parfois injustes. Des oublis, des omissions, des approximations ponctuent le récit. Fort heureusement, l’introduction, d’une rare clarté, et les notes explicatives de Bertrand Joly, guident le lecteur dans les zones d’ombre du Journal dont la lecture est facile. A ce propos, l’éditeur a eu l’heureuse idée de placer les notes en bas de page !

Pour résumer, un outil historique incontournable et une belle entreprise éditoriale.



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Frédéric Le Moal, le 9 novembre 2009 - article3783.html
Félix Faure, Journal à l’Elysée (1895-1899), édité et présenté par Bertrand Joly, Editions des Equateurs, octobre 2009, 407 p. - 21,90 €
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