Pour les nombreux amateurs des histoires de Nicolas Bouchard, les mois de septembre et octobre 2009, représentent une véritable aubaine. En effet, trois titres arrivent en librairie, dans trois registres différents. D’abord Les disparus de la source, le numéro 1 d’une nouvelle collection Jeunesse, dédiée au roman policier, chez Mango où il raconte la première aventure d’Augustine Lourdeix. Puis, L’Étoile flamboyante, un space opera qui paraît chez Mnémos. Ces titres sont suivis par La Sibylle de la Révolution, un roman historique publié chez Belfond. Celui-ci met en scène Marie-Adélaïde Le Normand, une cartomancienne que Robespierre a fait enfermer pour avoir prédit sa chute.
Nicolas Bouchard a l’art de mettre en scène des héroïnes sortant de l’ordinaire. Dans L’Étoile flamboyante, il en réunit cinq fort dissemblables, pour mener à bien un vaste projet à l’échelle de Gaïa, une planète qui présente toujours la même face au soleil. Il nous invite à suivre la prise de conscience de Ghea, une entité quantique qui gère ce pour quoi elle a été conçue. Mais celle-ci s’éveille à son environnement avant de répondre à une attaque vigoureuse dirigée par un Gouverneur-Président. Celle-ci se termine par une énorme explosion qui vaporise ce qui autorise sa consciente et engloutit tout ce qui l’entoure.
Gwladys Gance, héritière d’une des douze fortunes de Gaïa, n’a pas connu ses parents et se refuse à toute éducation jusqu’à la visite de deux hommes. Devant elle, ceux-ci estiment qu’il vaut mieux qu’elle reste une sauvageonne, une écervelée. Ainsi, elle ne se mêlera pas de vouloir gérer sa fortune. C’est un choc ! Tout en continuant à maintenir sa réputation de peste, de jet-seteuse, elle décide de s’instruire.
C’est le jour de ses dix-huit ans que tout bascule. On lui tire dessus alors qu’elle participe à une régate de glisseurs. Elle assiste à l’ouverture du testament de ses parents, sous la haute surveillance du Gouverneur. Un enregistrement surgit, dans lequel ses parents lui révèlent les raisons de leur assassinat. Le Gouverneur, affolé, donne l’ordre de la tuer. Paniquée, elle découvre, étonnée elle-même, sa vraie nature. Poursuivie par des guerrières, elle fuit à la limite des terres habitables et se réfugie dans une mine, tombe dans un wagonnet conduit par un dragon qui, sur son ordre, s’enfonce dans les galeries.
G50134 est une dragonne de Gen 5, conçue par un laboratoire pour n’être qu’une machine-outil, ...avec les mêmes droits. Pourtant la dragonne s’interroge sur sa laideur, sa puanteur, son environnement hostile et un avenir qu’il ne semble pas possible d’améliorer. « Et si je pouvais enfin voir quelque chose de beau ? » se demande-t-elle sans savoir si le beau existe. C’est elle qui conduit le wagonnet et emmène Gwladys. Où est Gloria, la navigatrice qui a conduit le vaisseau, cinq siècle plus tôt, jusqu’à Gaïa ? Qui sont ces Shibos ? D’où viennent ces petites créatures autochtones dont le comportement est incompréhensible aux humains ? Mais, toutes ne sont pas là par hasard. Gwladys et la Dragonne doivent échapper à leurs poursuivantes, pour mener une mission dont elles ignorent tout...
Nicolas Bouchard, une fois encore, fait la part belle aux héroïnes, sans pour autant les ménager. Elles ont des moments difficiles à vivre, sans répit, ni repos. Il imagine cinq êtres aux statuts discordants pour un destin commun. L’auteur nous fait suivre des parcours aussi différents que possible. Une IA se révèle à une identité. Une gamine sans repères sous les feux d’une actualité de paillettes, se retrouve traquée. Une damnée de la terre qui veut changer de peau, une navigatrice devenue une entité mythique et une shibo aux jeux mystérieux. Ces composantes d’une société, aux niveaux de connaissances, aux états et aux statuts variés vont se confronter à une Guilde insatiable.
Pour chacun d’eux, l’auteur en détaille le quotidien, ou ce qui en tient compte et amène le lecteur à faire le parallèle avec notre propre société où : « Selon que vous serez puissant ou misérable... »
Sur une planète où seule une frange est habitable, sur ce monde vierge, on pourrait penser que les colons vont établir une société de justice et d’équité. Mais très vite le clivage se reconstitue et au nom d’une volonté de profits on modélise, on formate des catégories d’individus en fonction de leur usage. C’est une nouvelle vision du Meilleur des mondes. Le roman met en lumière la manière insidieuse dont les dirigeants organisent la société, à leur seul profit, leur fascination pour des gains obscènes, oublieux d’un minimum d’humanité. Il évoque les difficultés d’intégration, dans une communauté, d’êtres issus d’origine bien différente et montre que la bonne volonté, les bonnes paroles ou les grands sentiments ne suffisent pas
Nicolas Bouchard donne, à la quasi-totalité de ses personnages, à des éléments de la vie courante comme les unités de mesure ou la monnaie, des patronymes ou des noms qui commencent par G. Mais au-delà de l’anecdote, on peut voir un moyen de créer une identité, de rapprocher, de souder une communauté issue de déracinés. Il prodigue à son space opera, dont il introduit tous les concepts, ce ton savoureux, qui est un peu sa marque de fabrique et distille un humour tendre ou féroce selon les situations.
L’Étoile flamboyante rejoint L’Empire de poussière ! Nicolas Bouchard livre un récit éblouissant, écrit avec passion, aux personnages solides, bien mis en valeur dans une intrigue dense, tendue vers un final surprenant. Une réussite totale !
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