Depuis 1996, le temps de dix albums, les lecteurs ont pu suivre les aventures d’Alpha, un des plus brillants agents de la CIA. Dwight Delano Tyler, est issu d’une richissime famille de Caroline du Sud qui lui a légué, outre l’aisance financière, le goût pour les belles voitures et un certain détachement face aux vicissitudes de l’existence. Son physique avantageux lui assure le succès auprès des dames, sauf auprès de Sheena, sa partenaire. Entre eux, seule passe la fibre professionnelle.
La série a été initiée par Pascal Renard qui, après deux albums, a cédé sa plume à Mythic, alors que Iouri Gigounov assure le dessin depuis le début.
La Saison 2 est la saison des bouleversements. D’abord, c’est Iouri Gigounov qui assure l’écriture. Puis le héros rejoint sa belle équipière au creux d’un lit et se retrouve au centre du plus grand des complots qu’ait eu à gérer la CIA, devenant le fuyard le plus recherché de la planète. L’album commence par un prologue où l’auteur se sert d’un agent russe, qui tente de convaincre son patron, que Tyler est un agent dormant, activable à tout moment, pour retracer la biographie du héros. Quelque temps plus tard, un avion d’Aeroflot, assurant la liaison Moscou New York, sème la panique à la Maison Blanche. Il est contrôlé par un kamikaze islamiste qui veut faire exploser la charge nucléaire placée à bord, au-dessus des USA. Le traumatisme laissé par le 11 septembre amène le président des Etats-Unis à donner l’ordre d’abattre l’avion. Le bilan est lourd : 298 personnes meurent dans l’explosion, une dizaine au sol, et ...pas de charge atomique !
Alpha ne peut plus être un agent action depuis qu’un reportage de télévision l’a propulsé dans l’actualité. Il est aux ressources humaines de la CIA. Novice en matière de recrutement, il demande à Sheena de l’accompagner à San Diego. Le dernier courriel d’un agent, bourrelé de remords, arrive dans la boite d’Alpha, alors qu’il était destiné à un proche collaborateur de Martin Cox, le Secrétaire d’État à la Sécurité. Ce dernier semble être le chef d’orchestre d’une manipulation qui a conduit à abattre l’avion, à calmer une crise politique majeure. Cette erreur est, cependant, vite récupérée par son équipe et exploitée pour tendre un piège imparable à Alpha...
Dès le début de son histoire, le scénariste met la barre très haut avec un préambule mené à un train d’enfer. Si l’idée de base de l’intrigue n’est pas nouvelle, des tas de super espions ont déjà vécu une situation similaire, sa mise en scène, son traitement qui prend en compte la réalité géo-politique toute récente, est novateur. Le scénario est alambiqué à souhait, avec des actions aux objectifs obscurs, des motivations enfouies. L’attitude d’Alpha, lui-même, prête au doute, car son passé présente des phases troubles, des contacts étranges, des situations ambiguës. Certaines séquences suscitent l’incertitude, l’interrogation. La trame de l’intrigue laisse planer le soupçon, mais rien n’infirme ni ne confirme une possible trahison. Il donne à son héros une dimension plus humaine, accessible aux sentiments communs comme l’amour...
Comme personne ne voulait prendre la suite de Mythic pour l’écriture, Iouri Jigounov s’est décidé à assurer le scénario, attaché à un personnage qu’il fréquente depuis plus de treize ans. Avec une grande modestie, il admet toutefois n’avoir aucune ambition de scénariste et que si quelqu’un a de meilleures idées... Toutefois, après la lecture de fucking patriot, on se dit qu’il serait dommage de priver les lecteurs d’un tel talent. Il pilote, de main de maître, une histoire tarabiscotée à souhait, presque aussi compliquée que les affaires d’espionnage ou de luttes pour le pouvoir dont on nous rebat les oreilles dans les médias sans en connaître le fond.
Avec son dessin réaliste, qui a influencé nombre de dessinateurs, son souci du détail, l’art de la perspective et son goût pour les décors modernes, le scénario est placé en orbite. La modernité n’empêche pas la référence aux « grands anciens » et on retrouve ces vignettes nourries d’un texte copieux qui changent de ces albums aux bulles quasiment vides, où le gros des dialogues se compose d’onomatopées !
fucking patriot ouvre une Saison 2 en fanfare par un renforcement scénaristique probant.
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