Face à face
Alors que paraît simultanément, chez Babel, Le Boulevard périphérique (prix du Livre Inter 2008), la publication de ce journal qui traverse une décennie qui fut pleine d’épreuves pour Henry Bauchau : la parution jugée trop discrète du Régiment noir chez Gallimard (et qui recevra, tout de même, deux prix), la faillite et la revente de l’institut privé de Montesano, dans lequel il s’était beaucoup investi, nous ouvre une autre porte de son œuvre qui s’est construite contre vents et marées, malgré la réinstallation à Paris et le travail en hôpital de jour, la prise en charge de celui qui allait devenir Orion dans L’Enfant bleu et la colossale entreprise d’une biographie de Mao ; bref en des journées bien trop remplies...
Parmi les journaux de Henry Bauchau dont, peu à peu, l’édition complète prend forme, Les Années difficiles y occupent une place particulière : en effet, le texte témoigne d’une époque charnière dans la vie de l’auteur.
Poète encore méconnu, il publie son deuxième roman au moment où débute ce journal. Mais bien que ce livre révèle une force narrative et une profondeur peu communes, sa programmation un peu tardive (mai 1972) et exigence de lecteur (ce n’est en rien un roman de plage) le privent d’un succès espéré et mérité. S’y ajoute le refus de Gallimard de publier son dernier recueil de poésie (qui paraîtra finalement chez Seghers).
Au même moment, sa vie professionnelle connaît d’insurmontables difficultés : l’institut d’éducation privé qu’il a créé et qu’il dirige en Suisse depuis une vingtaine d’années s’enfonce vers la banqueroute et devoir vendre les murs pour rebondir, c’est-à-dire quitter le cadre de vie dans lequel il était, le blesse profondément.
Aidé de quelques proches, Laure et Henry Bauchau regagnent Paris où ils trouvent un logement en banlieue parisienne. Là, l’écrivain va se muer en psychothérapeute : il y fera la connaissance d’un jeune psychotique dont il suivra l’évolution tout en s’attelant de nouveau à un travail d’écriture à la demande de Flammarion. Mais là aussi, lors de la publication en 1982 de la monumentale biographie de Mao qu’il a mis des années à écrire, si peu de retours...
Au cœur de ces Années difficiles se tisse la préoccupation constante de parvenir à trouver un équilibre financier pour se dégager du temps pour l’écriture ; mais s’affirme aussi ce sentiment pervers d’avoir échoué dans sa vie. Un malaise d’autant plus difficile à contrer que la soixantaine s’affiche avec son lot d’interrogations sur ses ambitions de jeunesse passées à la trappe, son ego (dé)construit, son désir de s’accomplir dans l’action publique, son besoin si candide de notoriété, parcelle de réussite qui doit parvenir à nourrir la bête qui sommeille pour qu’elle ne se réveille pas... Dès lors va se jouer un terrible face à face. Ces pages en furent les seules témoins.
Nb -
A noter qu’en cette année 2009 a également paru la Poésie complète d’Henry Bauchau, toujours chez Actes Sud.
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