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Poches
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Le titre du roman pointe l’attention sur un des personnages de l’histoire, Charley Fortnum, qui semble tout à fait secondaire au début, méprisé et méprisable, bref sans intérêt. Celui qui semble être le personnage principal est le docteur Eduardo Plarr, arrivé à quatorze ans avec sa mère en Argentine, après avoir laissé le père sur le quai à Asuncion au Paraguay.
L’histoire se déroule sur fond de dictature militaire et de mouvements révolutionnaires dont l’un, mené par El Tigre, procède à des enlèvements pour récupérer ses prisonniers politiques. C’est ainsi que Charley Fortnum voit sa destinée basculer : alors qu’il recevait en tant que consul honoraire britannique l’ambassadeur des Etats-Unis, il se fait enlever par erreur à la place de son hôte.
Le docteur Plarr qui fréquente assidûment la nouvelle épouse de ce consul va tenter de mobiliser les rares personnes susceptibles d’aider Fortnum comme le Docteur Humphries et le romancier Saavedra, mais tous ne manifestent que du mépris pour ce personnage alcoolique et rangé au placard.

La situation devient intéressante lorsque malgré lui le docteur Plarr est retenu avec l’otage alors qu’il venait le soigner ; en effet, il reconnaît d’anciens camarades, et surtout le père Rivas, avec qui va s’engager un long dialogue construit en huis clos : la conversation roule sur leurs convictions politiques et religieuses, leur conception de la vie et de la mort, leur bilan personnel.

Mais tous ces chapitres consacrés à cet échange presque théâtral ne vire jamais au tragique : on ne sent jamais de force supérieure qui planerait sur les personnages et donc sur nous, lecteur, on n’est jamais vraiment pris par ce qui devrait être un état de suspense ; au contraire, les dialogues tirent en longueur sans alourdir l’atmosphère.

Déception donc quant à l’écriture de cette partie du roman. Cependant la fin est vraiment intéressante car elle inverse totalement les proportions : celui que le lecteur suivait depuis l’incipit s’efface pour laisser à Charley Fortnum une dimension qu’on ne lui aurait pas soupçonnée à l’ouverture et ce revirement laisse vraiment à penser sur ce qui fait qu’une personne est potentiellement intéressante, sur l’importance des actes, accomplis ou non, dans l’élaboration d’une personnalité.
L’éditeur précise que le roman était le préféré de Graham Greene et l’attribue à l’atmosphère "étouffante" du roman : on serait tenté de voir l’intérêt de ce roman plutôt dans la construction des personnages qui s’étoffent ou s’étiolent au fur et à mesure que le temps passe et que les pages se tournent.
Or, "il n’y a rien de plus affreux que l’effet du temps sur la beauté d’une femme. L’apparence d’un homme gagne souvent avec l’âge ; celle d’une femme, rarement." Et c’est un peu ce qu’il se passe dans ce roman, les personnages masculins sont nettement plus fouillés que les personnages féminins qui semblent n’être là que pour révéler les hommes à eux-mêmes, dans leurs contradictions et leurs espoirs envolés.

Ainsi, ce roman est, il faut le dire, très bien écrit et très bien construit, mais on est déçu de ne pas être plus emporté et happé par l’histoire, de ne pas palpiter de peur et d’angoisse. Un roman à l’intrigue et aux personnages un peu trop intellectualisés peut-être.



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Delphine Regnard, le 24 octobre 2009 - article3756.html
Graham Greene, Le consul honoraire, traduit de l’anglais par Georges Belmont et Hortense Chabrier, coll. "Domaine étranger", 10/18, novembre 2008, 364 p.- 7.90 €
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