 Rentrée 2009
Indispensable beauté
Il est un monde qui meurt en toute innocence et dans l’indifférence la plus totale, un monde unique, référence de nos origines, un monde étalon qui a été battu par l’industrialisation qui a, aussi, su s’imposer dans l’espace rural. Produire toujours plus a été la maxime qui a détruit l’esprit de la nature, à tel point que l’on voit, aujourd’hui, à presque chaque journal télévisé, un corps de paysans manifester. Un jour les laitiers, un jour les éleveurs, un jour les maraîchers, et ainsi de suite, tous victimes de leur appétit consumériste à avoir succombé à la sirène des OGM, des quotas, des subventions, de la surproduction au péril de la qualité, au détriment de leur authenticité ... Mais des poches de résistance demeurent. Par exemple, sur les hauts plateaux du Causse Méjean, un berger, le dernier berger salarié, continue l’œuvre d’une vie, de toutes ses vies qui ont habité la région, qui se sont accrochées à la terre maigre du plateau, résistant à la sécheresse, à la neige ou au vent pour que le troupeau demeure.
Christian Avesque a soixante et onze ans, un regard pétillant, une barbe de patriarche et la robustesse de ces arbres irréductibles qu’il côtoie chaque jour, compagnons des chansons que le vent siffle à certaines heures. Pays paradisiaque où les clôtures sont bannies et qui lui offre le loisir de choisir chaque matin où mener son troupeau vers la meilleure provende. Son bâton de berger est son sceptre, lui le maître de ces lieux, sa cape est son manteau de cour, sa casquette une couronne pour celui qui a fait allégeance à dame Nature. Car il n’a nul besoin de médias et de modernité lui qui meuble son temps par la réflexion et la communion avec les oiseaux. Son agenda est le chant de l’alouette, du rossignol ou de la grive, les voltiges des aiglons, des milans ou les descentes des vautours qui, chacun en son sens, lui annonce les tâches à accomplir. BlackBerry inutile, iPod superflu, Internet désuet. La vie seule se charge de réguler son existence...
Assistant réalisateur de Claude Nuridsany sur Microcosmos, Renaud Dengreville est devenu depuis plus de vingt ans, appareil photo en main, un trappeur d’images hors pair. Fin observateur de la nature, il fut aussi le conseiller ornithologique de Jacques Perrin pour Le Peuple migrateur. Il nous offre ici d’extraordinaires photographies - le museau de l’hermine qui se pointe à l’air libre, annonçant le printemps ; les congères sculptées par le vent ; l’amélanchier fleuri ou le papillon azuré mâle d’un bleu éclatant, etc. - qui viennent enluminer les textes poétiques de Colette Gouvion et le témoignage d’Avesque qui se raconte, lui le solitaire qui semble n’avoir pu survivre à l’enfer de la guerre d’Algérie que par la magie de la solitude et du silence du Causse... Un univers particulier, si proche d’une réalité universelle qui nous rappelle d’où l’on vient, qui l’on est et comment l’essence de l’homme a décliné vers cette perte du sens que la modernité a imposé à tout le monde. Un livre indispensable pour recouvrer la bonne direction et se souvenir qu’il y a, en dehors des villes un monde unique et merveilleux à découvrir...
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| Colette Gouvion, Un dernier berger, photographies couleurs de Renaud Dengreville, 210x240, broché et couverture à grands rabats, Rouergue, septembre 2009, 192 p. - 32,00 € |
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