Vu le sujet de l’ouvrage qui affiche sur sa couverture une photo de dame au dos très fellinien, on commence forcément à le lire à l’envers, autrement dit, par la quatrième, où l’on trouve une notule irrésistible sur le compilateur :
bouquiniste passionné d’échecs, de bigorneaux, de chats, aimant également "les mères et leurs filles", ainsi que "les alcools immodérés" - voilà qui nous change des goûts à la mode en ces temps d’hygiénisme limitatif.
Dans une anthologie, la présentation critique des extraits ne compte pas moins que leur sélection, et les commentaires de Guérin s’avèrent à la hauteur de son profil : érudits, drôles, souvent surprenants, voire touchants - la confidence à propos de Nicole Bley, morte prématurément, avec qui l’auteur a "partagé jadis une part de [leurs] vingt ans, dans [leur] chambre de bonne de Montmartre ; (p. 63), produit un effet d’autant plus insolite qu’elle surgit après une pique à l’adresse des "papas-censeurs qui dirigent les lectures du peuple-enfant", et débouche sur un extrait romanesque d’un sordide franchement effarant.
Par ailleurs, la plupart des textes choisis sont d’une lecture plaisante, que ce soit par leur contenu érotique ou par l’humour ne serait-ce qu’involontaire qui s’en dégage - le compilateur ne manque jamais d’aiguiller le lecteur vers cet aspect, se gaussant au passage des écrits de Toni Bentley : "comme c’est américain, on y parle de Dieu et de psychanalyse de temps en temps, histoire de montrer qu’on n’est pas des bêtes, quand même" (p. 52), ou des "ingrédients de base pour un très classique roman sado-pédophile" dû à Hélène Saint-Ange (p. 227).
Son choix d’extraits montre un louable souci de variété, et ne saurait déplaire qu’aux homosexuels exclusifs, qui risquent d’être agacés par le nombre de dames offertes en lecture - mais Guérin a fait son possible pour qu’ils ne se sentent pas négligés, notamment en incluant dans le livre des passages des Embrassades de Jacques Pyerre, annotés avec beaucoup de sympathie. Comme il se doit, Genet et Jouhandeau sont à l’honneur aussi, quoiqu’on puisse regretter, pour le premier, le choix, en guise d’échantillon représentatif, d’une scène de sodomie des moins réussies qu’il ait écrites, ayant pour principal intérêt de porter sur Hitler.
L’alternance de textes dus à des classiques avec des morceaux de littérature de bas étage, inévitable dans ce genre d’anthologies, produit ici une impression d’ensemble appréciable, aussi bien grâce aux commentaires ironiques qu’en raison d’une sélection équilibrée. On aurait pu tout de même se passer du trop célèbre Sonnet du trou du cul de Verlaine et Rimbaud, déjà reproduit dans une kyrielle de compilations érotiques, sans compter ses autres rééditions ; les deux poèmes qui le suivent, moins connus, auraient gagné à son absence.
À ceci près, ayant parcouru le livre, on le trouve vraiment bien fait : avec une compétence, un discernement et un plaisir manifeste, choses des plus souhaitables en fait d’anthologies, surtout de cette nature.
La pornographie se prêtant aisément aux classements par rubriques, on suppose qu’il en reste d’inexplorées, qui pourraient permettre à Bernard Guérin de continuer sur sa lancée, pour s’attirer le renom définitif de meilleur compilateur dans ce domaine.
PS -
Pour de plus amples détails techniques et coquins, on signale, également chez La Musardine, dans la collection Osez, un spécial sodomie, croqué jadis par notre consoeur Annabelle...
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