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Pôle noir
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À Augusta Falls, en Géorgie, dans une zone rurale de l’Amérique profonde, Joseph Calvin Vaughan, âgé de onze ans est confronté à la mort. Celle-ci est venue par la grande route, à pied, à la fin de l’été 39, pour prendre son père. Joseph fréquente l’école tenue par Mlle Webber. Cette dernière découvre en lui un garçon cultivé, qui a étudié la lecture avec sa mère, dans le Bible, parce que : Je voulais apprendre des choses sur les anges.  Pour son anniversaire, quelques semaines après, l’institutrice lui offre un livre qui décide de son avenir. Il déclare à sa mère qu’il veut être écrivain.

C’est en novembre que l’on découvre, dans un champ tout au bout de la grande route, le corps d’une fillette assassinée. Ce crime bouleverse la petite communauté, mais très vite, le quotidien reprend le dessus. Cependant, à intervalle régulier, une petite fille est retrouvée morte. Peu à peu un sentiment de culpabilité envahit Joseph. Il se sent responsable de ne pas avoir su empêcher ces meurtres, de ne pas avoir su veiller pour garder en vie ces filles qu’il côtoie dans la classe unique. Il entraîne cinq autres garçons de son âge dans un club qu’il baptise Les Anges gardiens. Leur mission sera de détecter toute anomalie, tout acte suspect.
Le temps passe. Joseph construit sa vie. Il se marie avec Alexandra Webber, mais les meurtres continuent...

R. J. Ellory relate avec sensibilité l’atmosphère de ces zones rurales où des communautés humaines survivent accrochées à une terre ingrate, où l’existence est cadencée par le rythme des saisons. Les moyens de déplacements sont rares et réservés aux tâches utilitaires. À pied, les voyages sont forcément limités. Dans ce creuset, il fait tenir au narrateur, qui est le héros, la chronique d’une vie seulement troublée de faits anodins, de détails sans importance. Il tisse la trame d’une vie quotidienne, dans un univers clos, replié sur lui-même et en fait ressentir la vacuité, le côté dérisoire. Par petites touches, l’auteur enrichit l’univers de son héros, lui faisant découvrir nombre de réalités de l’existence, l’attitude ambiguë des adultes, aux yeux des enfants, la faim et la soif de l’autre pour vaincre les affres de la solitude. Il décrit l’incidence des événements extérieurs, la lente progression sur le comportement des membres d’une communauté qui semble pourtant équilibrée. Il dresse, ainsi, le portrait d’une Amérique rurale, coupée en grande partie de l’évolution du monde au point, qu’en 1939  : ...toute Américaine vivant en Géorgie qui a entendu parler d’Adolf Hitler et de la guerre en Europe, je te dirais que cette femme est une personne cultivée et intelligente.

C’est donc dans ce cadre, que l’on pourrait qualifier de paisible, que se produit l’impensable : une série de meurtres révoltants. L’auteur s’attache à décrire les réactions, les incidences, les changements que cette série de crimes opère en lien avec ce qui se passe à l’extérieur. Il fait vivre le cheminement de la rumeur, conjugue la montée de la xénophobie, les outrances qu’elle entraîne, jusqu’à ce que le héros soit rattrapé par l’injustice. On peut cependant s’étonner du silence de l’auteur sur le travail de l’enfant. Il est surprenant qu’à douze ans et plus, pendant la Seconde guerre mondiale, il ne soit pas mobilisé pour des tâches agraires.
Seul le silence est un livre qui retient l’attention par le décalage entre l’ambiance, l’atmosphère et les faits, par une intrigue imparable où la tension ne se relâche pas, par la fatalité qui s’attache aux pas du héros.



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Serge Perraud, le 18 octobre 2009 - article3747.html
R. J. Ellory, Seul le silence, traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau, coll. "Thriller", Le Livre de Poche, n°31494, septembre 2009, 610 p. - 7,50 €
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