Rentrée 2009 Polyphonies orientales
Parallèlement à la sortie de La petite montagne (repris en poche chez Babel), le dernier roman d’Elias Khoury pourrait se résumer comme le film Un jour sans fin car le parti pris adopté par l’écrivain libanais est un jeu de répétitions : à chaque chapitre, il reprend la même histoire mais narrée à chaque fois par un personnage différent, offrant donc un éclairage particulier, une approche orientée selon qu’il s’agisse de Norma qui découvre le cadavre d’Ibrahim Nassar, nu et visiblement battu mort, ou Hanna, l’amant de Norma, cordonnier aux mille facettes, ou encore de bien d’autres intervenants... Si bien que cette histoire qui remonte le temps et nous offre un faux vaudeville - car Norma était aussi la maîtresse d’Ibrahim - mais un vrai jeu de piste autour d’un trésor, se lit bien campé dans son fauteuil car elle donne le tournis. Entre les petites histoires des uns qui deviennent légendes et fierté d’un quartier - la libération de celui condamné à être pendu le jour même de son châtiment car la police a enfin pu arrêter le vrai coupable ; ou la double défloration d’une prétendue vierge qui cherche plutôt à harponner un mari à n’importe quel prix, et l’ajout successif de narrateurs -, le tourbillon s’emporte et déstabilise parfois au point d’en perdre un peu le sens réel de l’histoire. Cette saga se déroule de 1860 à 1975, entre le Liban et la Colombie, et gravite autour de ces trois personnages et de leurs familles...
Mais comme dans tout conte oriental, il faut aussi savoir lire entre les lignes et mettre en lumière les métaphores qui dépeignent les fantômes qui hantent le Liban et sa société multicolore. Avec érudition et finesse, Elias Khoury nous entraîne dans les abysses de son pays qui n’en finit pas de se retourner comme un gant à chaque événement (depuis la première guerre civile de 1860 jusqu’à l’assassinat d’Hariri, la guerre de juillet 2006, les élections législatives, la vacance de la présidence, etc.) sans parvenir à retrouver le nord. La boussole civile est brisée au pays du Cèdre, et chacun y va de son petit couplet, rejouant l’Histoire à sa manière pour tenter d’appâter le chaland qui doit voter. Le bonimenteur est un escroc quand il est politicien, mais un magicien quand il (re)écrit le monde en folie qui l’entoure. En voiture pour un tour sans fin des mille et un petits secrets du Proche-Orient...
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| Elias Khoury, Le Coffre des secrets, traduit de l’arabe (Liban) par Rania Samara, coll. "Mondes arabes", Actes Sud, septembre 2009, 208 p. - 19,00 € |
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