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Si nous nous targuons d’aimer la littérature - la vraie - et que nous n’avons pas de mots assez durs, parfois, pour châtier les imposteurs, nous aimons surtout mettre en lumière la diversité et la beauté de textes majeurs. Et qui mieux que la célèbre collection de La Pléiade pour nous offrir ces petits moments de joie ?
Alors que le 24 septembre 2009 parut le 218ème volume, avec les
Œuvres complètes de Lautréamont, nous vous invitons à un petit voyage dans le temps : une page de l’histoire de la Pléiade.

Si les publications des Editions de la Pléiade sont plusieurs fois citées dans La Nouvelle Revue française avant 1931, il revient à son rédacteur en chef, Jean Paulhan - sous le pseudonyme de Jean Guérin - d’y signaler les premiers volumes de la collection d’œuvres complètes reliées (Baudelaire, Racine et Voltaire) en avril 1932, quelques mois après leur parution. Paulhan parle alors en éditeur ("Le papier indien de ces ouvrages est mince, sans transparence, les caractères fort lisibles, la reliure souple et robuste. Le livre tient dans la poche. La révision des textes, la préface, la présentation des variantes ont été sagement confiées à Y.G. Le Dantec, Edmond Pilon et René Groos"), puis en promoteur d’une littérature qui sans cesse se refait à neuf : "On prend un plaisir vif et nouveau à relire (ou à lire) ensemble des œuvres jusqu’ici séparées. De curieux échanges s’opèrent ainsi, d’où sortent un Racine, un Voltaire, un Baudelaire inattendus. Je ne connais pas de meilleure édition classique que celle qui renouvelle ainsi nos amitiés."
Il ne faut pas y voir ici de flagornerie : la Pléiade n’est pas encore "dans les murs", son rachat par la Librairie Gallimard n’intervenant qu’en 1933. Il reste que La NRF se montre très favorable à cette collection qui force l’admiration par ses choix et le caractère novateur de sa présentation.
[...]
Ses volumes sont une invitation à relire les classiques, suggérant, d’une œuvre ou d’une époque à l’autre, d’insoupçonnés échos. Ils provoquent ainsi une ambitieuse relecture des Contes de La Fontaine par Marcel Schawb en août 1933 : "Hardiesse bienvenue d’isoler dos à dos Fables, un de ces classiques auxquels l’esprit français se reporte comme certains cardiaques à l’organe menacé, et Contes, dont il est fait trop bon marché chez La Fontaine. [...] La publication de la Pléiade arrive comme ces rencontres inopinées et fatales qui ne permettent plus d’ajourner une affaire importante : en quoi l’auteur est poète ou non, question insistante pour ce siècle, le plus secrètement inquiet qu’on lui dise enfin, sinon où est la poésie, du moins où elle n’est pas. Cette poésie à la limite de la prose rend l’énigme plus irritante."
Des propos de miel pour la revue de Jean Paulhan qui, inquiète, s’est toujours jouée des classifications hâtives et arbitraires, cherchant la littérature là où ne le voulait pas l’usage.
 
Roger Caillois s’appuiera sur la parution des premiers volumes de La Comédie humaine pour tracer en mars 1937 un judicieux parallèle entre l’œuvre architecturée de Balzac et le grand roman cathédrale de Joyce, "où la succession des chapitres est déterminée par un véritable tableau de concordances", visant "l’œuvre littéraire totale, comme microcosme achevé, tête complète et parfait diadème".
Car la visée de Balzac, rappelle Caillois, est morale, qui lie l’histoire des passions aux leçons que l’écrivain souhaite en retenir pour son temps, pour ses contemporains. Trop peu ont vu cet aspect-là de l’œuvre, tout aussi important que ses enjeux formels et narratifs. Peut-être le doit-on, avance Caillois, à une lecture trop atomisée de La Comédie humaine, fragmentation qu’une présentation plus compacte pourrait contribuer à redresser. "Salutaire Pléiade !"
 
Jean Prévost, gros tempérament qui aime à se frotter aux classiques, sera, à la revue, le critique le plus attentif au programme de la Pléiade. Il salue ainsi le classement chronologique de l’édition des Romans et nouvelles de Mérimée en février 1935, dont il mesure tout l’intérêt génétique. Il se réjouit en mai 1937 de la parution des Œuvres de Flaubert placées sous le signe du Dictionnaire des idées reçues, découvert vingt-cinq ans plus tôt. Si le don de Flaubert est de "donner une vie intense à des personnages tout à fait dépourvus de mouvement propre, de sensibilité personnelle et de vie intérieure", il pose aussi avec son Dictionnaire un regard dévastateur sur toute entreprise de savoir : "cette leçon de silence, cette tête de Méduse faite de nos lieux communs intimes, cette vengeance de l’œuvre contre les paroles."
[...]
La NRF fut donc une lectrice bienveillante à l’égard de la collection de Jacques Schiffrin, dont elle apprécie la modernité, la commodité, la lisibilité et le sérieux. Il faut attendre le mois de mars 1939 pour discerner une première petite marque de griffure sur le beau cuir, quand Benjamin Crémieux lui reproche rétrospectivement d’avoir fait bon marché du théâtre pour son édition de La Fontaine ou des Cantiques spirituels et de L’Histoire de Port-Royal pour son Racine. Mais, tempère le critique, ce n’était qu’exception, car impeccables étaient les éditions de Baudelaire, Ronsard, Beaumarchais, Descartes et La Rochefoucauld ... et non moins celle de Musset qui vient alors de paraître, et qui, en plus des poésies et du théâtre, donne l’œuvre romanesque et critique, ainsi que les essais et les fantaisies ...
"Trois volumes consacrés à Musset, alors que Lamartine, Vigny et Hugo sont encore absents de la Pléiade, c’est d’une belle obstination, et piquante s’il est vrai, comme on le dit, que, des quatre grands romantiques, Musset, j’entends le poète, soit aujourd’hui le plus négligé."
 
La Pléiade, agitateur de métamorphoses ?
© La lettre de La Pléiade / n°36 avril-mai 2009



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La rédaction, le 2 octobre 2009 - article3732.html
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