Rentrée 2009
La mouche dans le lait
Comment casser la routine des vacances, passées comme chaque année sur une île méditerranéenne, quand on est un couple bobo qui tire avec peine son adolescente de fille que quatorze printemps révolus ne mettent pas en joie ? Tout simplement en la laissant inviter une copine, mais pas n’importe laquelle. Une plus âgée, et d’un milieu socio-culturel nettement différent, histoire de faire sa bonne action, d’aider son prochain ...et de tenter de dérider l’enfant chérie qui refuse de grandir. Mais la maison nichée dans une pinède, avec piscine et vue imprenable, ne déride point Sabine qui joue les blasées et semble insensible à la beauté du décor. Son attention serait plutôt portée vers les garçons, l’alcool et comment faire le mur pour sortir le soir. L’équilibre familial va en prendre un sacré coup !
Ce postulat de départ fort intéressant - l’étude de l’immersion d’une enfant dite défavorisée dans un environnement bourgeois - rend le livre d’Hélène Gaudy attrayant. Il se laisse d’autant plus facilement lire qu’il offre une construction narrative particulière.
Mais très vite l’histoire enfile des poncifs (narrer sa première fois, fumer en cachette, draguer les garçons, etc.) qui plombent l’intrigue ; et le rythme comme le style ne sauvent pas les meubles. D’autant qu’au fil des pages, quelques gifles sont données au lecteur attentif : un affreux voire même fait son apparition en haut de la page 29 ...et se répète dans la même phrase ; puis vient en page 44 une fin de phrase pour le moins alambiquée avec ce effrayée que le manque de désir soit puni si immédiatement et un oubli à la page 16, l’un pour l’autre unique potentiel distraction (quid du de ?), etc. Cela agace d’autant plus quand on arrive à la dernière page du livre qu’elle semble ...manquer ; car finir ainsi est pour le moins surprenant, voire frustrant. On se croirait revenu à une certaine époque du siècle dernier quand les réalisateurs, n’étant pas capables de finir leur film, laissaient le spectateur sur sa fin. Et pour faire branché, intello ou je ne sais quoi, on disait que c’était au spectateur d’inventer la fin qu’il veut, que c’était conceptuel, et tralalala un peu de vent pour cacher l’impossibilité de conclure.
Hé bien, ici aussi, il semble que le projet, après quelques belles envolées, se soit dégonflé comme un ballon de baudruche.
La chute, le chute ! disait Pierre Béarn, maître ès nouvelles ; oui, maîtriser sa fin, savoir conduire le lecteur vers une assise pour l’y obliger à vivre l’instant crucial du dénouement est une gageure, une difficulté qu’Hélène Gaudy a éclipsée et c’est fatal : on n’en veut plus soudain, de ce livre. Désappointé, on se retire, le livre tombe, on n’a pas envie de le ramasser.
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