Rentrée 2009
Quelle joie lorsqu’on découvre le premier roman d’un nouvel auteur ! Quels moments savoureux on passe en la compagnie de Shalom, juif orthodoxe et futur papa ! Déjà, rien qu’en lisant le titre de son roman, La lamentation du prépuce, on commence à rigoler... et on ne s’arrête plus jusqu’à la dernière page !
"On est lundi matin, six semaines après que ma femme et moi avons appris qu’elle était enceinte de notre premier enfant, et je suis arrêté à un feu rouge. Ce gosse n’a pas la moindre chance. C’est une mauvaise blague. Je le connais ce Dieu-là. Je sais comment Il procède. Il y aura une fausse couche, ou bien le bébé va mourir pendant l’accouchement, ou bien ma femme va mourir pendant l’accouchement, ou bien ils mourront tous les deux pendant l’accouchement, ou bien ils ne mourront ni l’un ni l’autre et je me croirai épargné mais en rentrant de la maternité notre voiture sera percutée de plein fouet par un automobiliste ivre et ma femme et mon enfant mourront ensuite aux urgences, à quelques mètres de la chambre où nous nous étions trouvés quelques minutes plus tôt, remplis de bonheur, de vie et d’espoir . Dieu tout craché !"
Shalom a été élevé selon les plus pures traditions juives orthodoxes et a vécu dans la crainte du châtiment divin depuis sa plus tendre enfance. Le jour où le père d’un de ses camarades d’école meurt d’une attaque foudroyante, il se demande ce que son copain a bien pu faire pour attirer de la sorte le châtiment Divin sur la personne de son père, les enfants n’étant pas responsables de leurs actes avant leur Bar Mitzvah, ce sont les pères qui "prennent".
Il aimerait bien, lui aussi, qu’il arrive « quelque chose » à son père, trop dur avec lui, trop sévère, qui ne lâche rien. Alors il tente, par tous les moyens de provoquer ce Dieu qui le fait tant trembler : il essaie systématiquement, avec concentration tout ce qu’il peut trouver de trief, à savoir, ce qui est impropre à la consommation, non cachère, mais aussi "tout ce qui est dégoûtant, immonde, répréhensible, immoral, haïssable. Aller au cinéma était trief, la télévision était trief, la ville de New York était trief, Woody Allen était trief."
Plus le jeune Shalom mange de hot dogs, va au cinéma ou jette des regards dérobés à des revues coquines, plus sa paranoïa augmente. Pendant que ses parents rêvent de faire de leur fils le plus grand rabbin que la terre ait jamais porté, Shalom, lui, s’ingénie à éprouver sa foi, de plus en plus fort, de plus en plus loin ; mais il ne se passe jamais rien, Dieu n’envoie pas de colonies de sauterelles ni de Tsunami sur la vie de Shalom, pas de colère Divine, pas de châtiment. Sa foi s’en trouve ébranlée et le doute le submerge. C’est pourquoi, lorsqu’il se retrouve futur papa d’un garçon, il est confronté à la grande question : opter pour la circoncision de son enfant selon le rite juif, ou conserver son prépuce au risque de se couper à tout jamais de sa famille.
Shalom Auslander, en racontant ses mémoires de manière romancée et drôlatique, pose de vraies questions sur le fondamentalisme religieux et tous les fanatismes. Il est également l’auteur d’un recueil de nouvelles, Attention, Dieu méchant, paru aux éditions Belfond en 2009.
Il vit actuellement à New York avec sa femme et son fils.
Il y a 3295 signes dans cet article.