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Le soleil se lève sur la musique d’Elton John en même temps que le rideau. Et les animaux de marcher vers le rocher des lions, que ce soit l’éléphant, la girafe ou le guépard... Un début connu. Un début prometteur. Voila ce que nous pouvons penser lorsque la pièce commence au Mogador. Lorsque Simba débute sa vie...
Voila maintenant trois ans que nous pouvons régulièrement voir dans le métro, dans les journaux, sur les panneaux, des publicités pour le Roi Lion. Dans la capitale, ne pas en avoir entendu parler est impensable. Hors de celle-ci, seuls ceux qui ne s’intéressent pas à la culture peuvent ne pas connaître cette comédie musicale. Et pourtant c’est la dernière fois que nous voyons le lion arpenter nos affiches. En effet, il est indiqué sur ces nouvelles pancartes "Le règne prend fin".
Le règne d’une pièce sur les soirées parisienne, le règne d’un lion sur les planches. Car la production a décidé de clôturer le spectacle cet été après près de 1000 représentations et trois Molières. En tout, un million de spectateur seront venu voir cette comédie musicale. Un million de personnes a ovationné cette œuvre.

Un tel succès peut étonner. A l’heure où le cinéma, Internet et autres moyens de culture moderne attirent l’essentiel de la population, qu’un théâtre réunisse autant de gens est la preuve que rien n’est perdu pour le monde de Molière. Cependant, force est de constater que ce succès si intimement lié au théâtre de Mogador (la comédie musicale n’a jamais été - et ne le sera jamais d’après les dires - jouée en dehors de ce théâtre privé), vient... du monde du cinéma.
Oui, le Roi Lion est l’un des chefs d’œuvre de Walt Disney* et il a marqué plus d’une personne dans son enfance. Les aventures de Simba face à son oncle Scar sont universellement connues. Timon et Pumba n’étonnent plus personne...

Et pourtant si c’est bien le Roi Lion que nous retrouvons, ce n’est pas celui que nous connaissons. L’histoire est la même, la musique aussi, mais la magie est différente. Cette différence tient du fait que nous n’assistons pas à un dessin animé sur un écran mais à une comédie musicale sur scène. Nous ne pouvons nous empêcher de comparer la représentation au film dans les premières minutes, mais rapidement nous laissons cela de coté pour nous pencher sur l’œuvre en elle-même. La mise en scène utilise tout ce qui peut exister pour nous transporter. En fait-elle parfois un peu trop ? Décors sortant du sol, ombre et lumière sophistiqué, nous sentons un énorme budget derrière ce spectacle aux mille et un acteurs...
Entre marionnette, costumes, jeux d’ombre et de lumière, maquillage, tout est utilisé pour récréer la magie de notre enfance sous un angle différent. Exactement comme nous pourrions regarder un tableau sous des éclairages différents, à la lumière d’une bougie ou à celle du jour, nous voyons notre enfance d’une autre manière.

Le choix de la production est assez étonnant. En effet le roi lion voit seulement des animaux comme héros. Or les acteurs sont bien humains. Ainsi chaque acteur a reçu un détail plus ou moins important pour représenter le personnage qu’il incarne. Les lions disposent d’un masque au dessus de leur tête, masque représentant le personnage de Walt Disney. Les hyènes ont un costume intégral, Timon est une marionnette rattachée à l’acteur...
L’objectif est de nous faire oublier le visage humain pour celui du personnage. Si cela est parfaitement réussit$ pour certain, à l’instar de Zazoo qui "disparait" derrière sa petite marionnette si expressive, cela ne fonctionne pas toujours pour d’autre, tel les lionnes au masque trop clair. Un choix de mise en scène pour représenter les animaux qui montre une réelle ingéniosité, mais qui, par moment, s’épuise et nous fait sortir du rêve...

Notons que la psychologie du héros, Simba, est mieux développée. Le rajout d’une scène complète nous permets de mieux saisir le personnage, de l’appréhender dans une dimension humaine. Une pure invention comparée au dessin animé, mais une invention intéressante. Cependant il y a une petite (grosse ?) déception : les dialogues. En effet ceux-ci ne sont pas les mêmes que dans le dessin animé. Cause ? Des droits de traduction probablement.
Toujours est-il que "je voudrais déjà être roi" devient "je voudrais super vite être roi"...
Et il en va de même pour toutes les chansons. Cela peut en déranger plus d’un. L’ajout de musiques composées spécialement pour la comédie musicale permet aussi de nous dérouter un peu plus. Pour notre ravissement cela va de soi. Au niveau de la musique, que dire...
Une vingtaine de musiciens dirigés par un chef d’orchestre dont nous ne voyons que les mains. Entre jumbays, instruments traditionnels d’Afrique, et guitares électriques, tout ce qu’il y a de plus moderne, nous sommes loin des simples bandes-son de nombreuses comédies musicales... Pour le bonheur des musiciens !

Mention spéciale pour la marionnette de Zazoo et son acteur ainsi que pour le père de Simba, Mufasa. Dosant humour, fidélité à l’œuvre originale et adaptation sur scène, c’est un magnifique travail de mise en scène qui a été fait. Nous retournerons bientôt voir une dernière fois le Roi Lion, plus heureux que jamais de cette magie...
Un spectacle pour tous, profitez-en avant qu’il ne soit trop tard !

* Les œuvres de Disney se classent en diverses catégories : Grands classiques, classiques, chefs d’œuvres... Les chefs d’œuvres sont entre autres : Fantasia, La Petite Sirène, Aladin, La Belle et la Bête...



Il y a 5516 signes dans cet article.
Pierre Chaffard-Luçon, le 6 avril 2010 - article3703.html
Walt Disney, Le Roi Lion, coll. "Albums", Hachette Littérature, mai 2009, broché 52 p. - 10,50 €
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