Marie. Ce personnage est tellement connu, que ce soit par les chrétiens ou les laïcs. Elément central de l’art de nombreux artistes, tous arrivent à s’émerveiller devant la beauté des Piétas et celles des Madones. Nombre de films parlent d’elle, ainsi que nombre de livres, religieux ou non. Parlante ou muette, elle est apparue dans de nombreux endroits. Et la voici en BD. Marie, la mère de Jésus Christ. Adaptée du best-seller de Mark Halter, cette bande-dessinée raconte la vie de « Miryem ; une jeune fille spirituelle et rebelle [...] Myriem, que les Romains nommerons Marie ! ».
Dans la petite ville de Nazareth, la fille du charpentier Joachim et de sa femme Hannah vit au rythme des pillages de la Judée. En effet, vivre en Israël n’est pas de tout repos lors du premier siècle avant J.-C. Soldats d’Hérode, percepteurs romains, tous sont sources de terreur pour les habitants de Judée. Certains sont passifs, se laissent faire, d’autres se révoltent. C’est dans cette terre juive que vit la mère du Christ. Ne sachant pas encore quelle sera sa destinée, Miryem sauve un brigand des mercenaires d’Hérode, Barrabas. Ce jeune homme, cet enfant presque, affirme être de la révolte. Ces résistants, assurés que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de leur père, les a abandonnés, combattent à leur manière contre l’occupant romain. Alors qu’ils pensaient ne plus se revoir, le sort conduira Barabbas à payer sa dette, en sauvant le père de Miryem, crucifié pour avoir tué un soldat. Et la révolte prendra de là de l’ampleur...
Car Barabbas affirme qu’il ne faut pas « attendre comme ces lâches. Mais attendre quoi Miryem ? Le Messie ? ». Ironie du sort, car si nous croyons à la réalité historique des évangiles, ce même Barrabas sera relâché par Pilate, alors que Jésus sera crucifié. Ce voleur n’attendant pas le Messie le conduira, sans le vouloir, vers la mort.
Avec deux niveaux de lecture, l’œuvre est intéressante à analyser. En effet, avec un point de vue chrétien, il n’est pas possible d’accepter cette histoire de Marie. Nous n’y retrouvons pas, en effet, le visage traditionnel de la Vierge : adolescente turbulente loin de l’Immaculée conception. Quel étonnement lorsque nous voyons Marie maudire les soldats d’Hérode dès la deuxième planche. Et que dire lorsqu’elle frappe, d’un superbe soufflet, un autre homme plus loin dans l’histoire ?
En tant que catholique, il ne m’est pas possible d’accepter cette BD comme l’histoire de la Vierge : Non, soucieux de la tradition de l’Eglise, il y a un décalage entre les croyances et le livre : ce n’est pas Joseph le charpentier, mais Joachim. Celui-ci se retrouve sur la croix, et, en étant descendu, il prépare le soulèvement de la Judée...
Même les évangiles apocryphes ne nous donnent pas cette version des faits : Joachim y est un homme riche, non un simple charpentier. Volonté de l’auteur ou manque de renseignement ? Il n’en reste pas moins que nous ne pouvons, catholiques, reconnaître dans l’adaptation de ce best-seller la vie de la Vierge Marie.
Mais si nous décidons de laisser le nom de Miryem, il y a une autre manière de voir l’œuvre : comme une grande fresque décrivant la vie en Judée. Non avec de l’humour, comme le firent les Monty Python dans Life of Brian, mais avec sérieux, voire, par moment, tragédie. La tristesse de ce peuple oppressé se divisant lui-même entre fidèle du Puissant et ceux qui l’abandonnent, est marquante. L’attente d’un messie se comprend car le malheur s’abat sur de pauvres gens sans qu’il aient rien fait.
Les graphismes de l’œuvre n’ont à envier que sa couleur. Mettant parfaitement en valeur le scénario, c’est une BD de qualité. La promesse de la couverture est loin d’être mensongère... Premier livre d’une série de la collection « Secrets du Vatican », regroupant de nombreux ouvrage concertant l’Eglise, les évangiles et autres confidences cachées au cœur de Rome, la BD Marie est une belle œuvre si nous ne la regardons pas d’un œil religieux. Sinon, nous n’avons qu’une vision erronée de la Vierge. Car celle-ci parle sept fois dans les Evangiles, et par sept fois se tait. Or c’est une adolescente bien bavarde que nous voyons dans ce livre...
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