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Il y a d’abord un aussi sobre que sombre poème dédié au devenir incertain de l’humanité, en particulier des hommes qui s’agitent et s’essoufflent au Proche et au Moyen-Orient, oublieux de la richesse originaire du soleil, des espaces infinis et des parfums pour s’entretuer. Puis il y a, fulgurant et radical (en ce qu’il cherche la racine même par laquelle le mot est tissé à la chose), le regard que pose le peintre Kijno, trait acéré et sanglant à sa façon, sur ce croisement entre les vestiges d’une Phénicie oubliée et la plume de François Xavier. Souvent, ailleurs, la rencontre entre le vers et l’image est en demi-teinte, voire fatale, l’un des éléments en présence phagocytant l’autre, le mot paraissant étouffé par le dessin ou l’illustration se donnant comme pâlotte face à l’envolée lyrique : il n’en est rien dans ce recueil, réédité pour la plus grande joie du grand public chez BoD, et qui laisse plutôt voir à l’état brut l’osmose ignée entre deux penseurs qui s’unissent par leur art spécifique interposé afin de chanter une interdisciplinarité qui sourd de chaque page, de chaque planche. Irrévocable anti-écholalie à la paix entre les peuples.
A la fois fil de chaîne et fil de trame, texte et trait graphique se fondent et confondent alors, tels imbriqués dans une même tessiture critique, poésie et peinture happant l’oeil et l’entendement du lecteur au gré de deux variations graphiques sur le long poème qui multiplient les prismes et approches de cette Phénicie ensorceleuse de jadis que chante si bien l’ami François Xavier, passeur de rime/rive entre Orient et Occident. Au creuset quasi alchimique de l’abstraction et de la figuration, signes enigmatiques et rondeurs cabalistiques se succèdent à l’envi, effrénés, furieux, libérés du poids archaïque d’un passé figé, par la main du peintre, ce pour décanter la fluidité de la parole poétique et la magnifier tout à la fois, par la grâce d’un beau livre à l’italienne, qui devient tout autant tabernacle spirituel que palimpseste herméneutique de la mémoire des êtres. Oui, il a de tout cela dans ce Berceau de Phénicie. Preuve qu’il y a bien toujours quelque chose de nouveau sous le soleil.
Voir les planches originales du livre.
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| François Xavier, Ladislas Kijno, Le Berceau de Phénicie, BoD, mars 2009, 116 p. - 19,90 € |
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