Ne nous y trompons pas : c’est bien nous, adultes, même si le projet se veut une anthologie pour enfants, que désigne le titre, car nous sommes « sur la bonne voie » dit Jean-Michel Espitallier dans son introduction (remarquablement poétique, pleine d’intelligence en ce qu’elle donne à comprendre, au sens étymologique du terme) à ce petit volume, bien épais, bien réjouissant, à l’aspect scolaire et enfantin avec ses dessins géométriques et son papier ligné en couverture, offert comme une « bienheureuse fantaisie » par les poètes qui ont sélectionné leurs textes à faire figurer là.
Sur la bonne voie, donc, pour découvrir la poésie contemporaine, qui fait éclater les contours de son genre pour se réapproprier les autres (roman ou théâtre), découverte neuve et singulière qui opère comme un retour en enfance, du temps où l’on apprenait à connaître les classiques, La Fontaine en tête, premiers contacts avec une forme de fantaisie ici retrouvée, qui renouvellerait notre compréhension du monde, notre approche, notre passage.
Dans ce petit format se loge un florilège de textes de vingt-neuf poètes, certains très connus comme Pierre Alféri et Olivier Cadiot, Jean-Michel Espitallier, ou encore Jacques Roubaud et Antoine Emaz, et d’autres moins (hélas, douleur de ne pouvoir tous les citer), mais tous aussi beaux, chacun à sa façon.
Alternent présentation (biographique et bibliographique) et extraits des œuvres de chaque auteur, avec bonheur. Quelques lignes de commentaire, chaque fois, proposent des pistes de lecture, pour reprendre l’image du voyage et le jargon scolaire ; pistes que l’on pourra continuer d’explorer grâce aux sites internet mentionnés en fin de volume, ou en s’adressant aux maisons d’édition citées qui ont concouru à fabriquer un chemin où déposer la trace de nos pas.
Sac à dos est une invitation au voyage, bagage léger et pratique pour un chemin que l’on espère, avant même le départ, plus long, plus sinueux et plein de détours dès lors que chacun se sent une âme d’aventurier promet l’éditeur. Quelle bonne idée de nous faire cheminer, à l’instar d’un autre enfant poète, Rimbaud, qui concevait déjà la poésie comme un voyage, dans ces textes aussi éclectiques mais qui, finalement, ont une certaine unité sonore mallarméenne.
Dans ce pays des merveilles, le lecteur navigue ou virevolte aux côtés d’un lapin fluo ou de Batman, en passant par le zébu, le moineau, la vache, les abeilles, la grenouille, le lézard (et l’on repense au fabuliste et à son bestiaire : monde enfantin où l’on ne s’est pas encore séparé des animaux pour devenir homme, où l’on préfère rester petit prince que devenir grand roi) mais aussi la chaussure ou le miroir ; ainsi tandis que l’un liste tout ce qui « n’est pas un animal », l’une dresse son « portrait en zèbre », tandis que le troisième confectionne des « Sandwiches doubles ».
Et le chemin mènera, via Vaduz, jusqu’ « au bord de la planète » ; comme au cirque, le lecteur assiste aux performances de certains, qui empruntent des chemins habituellement (ou plutôt : auparavant) de traverse, comme l’abécédaire, la poésie sonore, le dessin, l’énumération à son comble, la transcription en lettres de photos...
Le recueil se fait collage, prend figures, devient malgré lui livre, et le lecteur suit sa construction à la trace, à l’espace laissé, aux silences posés, aux mots accolés, aux sons proposés, aux images créées, à la beauté renouvelée, reformatée, sous la contrainte et la liberté, même si aux mots se mêlent bon nombre de mensonges.
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