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SF
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La plus puissante cité du monde ne rayonne pas par sa puissance militaire ni par son commerce. Si ce dernier est le plus florissant qui puisse exister, c’est grâce aux pouvoirs de l’andat Stérile. Un andat est la personnification d’une entité naturelle. Prenant forme humaine sous la contrainte d’un poète, les pouvoirs de cette puissance permettent aux dirigeants de la cité de débarrasser les ballots de coton de leurs graines en quelques secondes et ainsi améliorer la vitesse de production des entreprises du textile, de repousser l’armée adverse ou toute autre tâche magique. Sans l’ordre des poètes, les dirigeants des cités du Khaiem n’ont aucune chance d’imposer leur autorité.
Sauf que le problème est dans la solution. En effet, si contrôler un andat est source de richesse et de protection, c’est aussi prendre le risque de faire tout reposer sur les épaules du poète, d’un seul homme. Car un andat est tel un esclave : celui-ci cherche toujours à s’échapper. Et si pour ce faire il doit faire périr son maître, soit !
Lorsque le pays de Galt, adversaire de la cité du Khai, décide de préparer un complot contre Saraykeht, le salut de la ville repose sur la capacité qu’aura le poète à se sauver de lui-même. Mais hors de son disciple, point de salut...

Ouvrage américain, "La Saison de l’Ombre" est le premier tome d’une série se déroulant dans un monde intéressant. L’idée de l’andat est une superbe trouvaille. Car personnifier les forces de la nature est assez habituel dans la fantasy. Nous la retrouvons très souvent chez Tolkien, entre les Ents, Tom Bombadil et d’autres personnages... Mais que cette force, soumise à une sorte de magicien, soit en duel constant avec son maître pour retourner à l’état sauvage, est bien plus rare.
Car pour les auteurs, ces personnifications de la Nature sont soit libres ou soit complètement soumises. Elles n’ont pas cette semi-liberté propre à l’andat. Mais le coup de maître se trouve dans le fait que sa personnalité n’est pas figée dès le début. Le développement de celle-ci nous permet de lire de magnifiques passages où l’auteur, à travers des discussions, que celles-ci soit ou non philosophiques, nous présente petit à petit l’andat. Ainsi lentement, au fil de l’œuvre, nous comprenons de mieux en mieux Stérile, ses choix, ses sentiments.

Il faudra attendre la fin du roman pour comprendre cet être à la fois repoussant et attachant. Tel une porte s’ouvrant lentement devant nous et nous faisant passer de l’obscurité de l’ignorance à l’éblouissante lumière de la connaissance, l’auteur réussit le pari de ne dévoiler ses cartes qu’au fil du temps, au risque de nous perdre en cour de route.
L’écriture ne nous entraîne pas vers les sommets et une certaine redite du film Pearl Harbor a de quoi nous agacer pour la psychologie de certains héros. Il est cependant dur de juger ce livre séparément de sa suite, que nous ne connaissons encore, tant l’œuvre semble s’inscrire dans un univers complet. Si complet qu’il nous faut vraiment toute notre attention et notre bonne volonté pour comprendre le début : Abraham n’est pas des plus pédagogiques pour nous expliquer les traditions de son monde, et sans bonne volonté, il semble très difficile de passer le premier quart. Chose amusante à noter : la dernier page nous affiche ce qui est couramment nommé un smiley : «  :) ». Voulu ou non, cela ne peut qu’amuser le lecteur...
Finalement, un livre de Fantasy que nous ne pouvons ni encenser ni jeter. Il faut simplement attendre la suite pour pouvoir le juger. Donc, un seul mot : patience !



Il y a 3581 signes dans cet article.
Pierre Chaffard-Luçon, le 12 janvier 2010 - article3682.html
Daniel Abraham, Les cités de lumière, tome 1 : "La saison de l’ombre", Fleuve Noir, novembre 2009, 370 p. - 22,00 €.
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