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Romans
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Tout commence à Biarritz dont les premières lignes du roman s’attachent à décrire les tamaris, métaphores de l’histoire russe, rongés de l’intérieur par des parasites ou des épreuves particulièrement pénibles et irréversibles. Ainsi, d’emblée, l’histoire romancée est placée sous le signe de l’Histoire. Tout, c’est-à-dire, d’abord, la fiction elle-même, car le narrateur, Bazz Oxelotl, double de l’auteur, qui réside lui aussi notamment à Biarritz, est venu chercher de la matière pour écrire son nouveau roman, rencontre des personnes qu’il se montre en train de transformer en personnages (Qu’est-ce qui t’inquiète le plus, au bout du compte : le magnifique surfeur Nick Orizon ou ton roman  ? ) ; ensuite, la naissance de cette inspiration qui s’échafaudera sur cette ville et les personnes qui la fréquentent, tel ce bien nommé Nik Orizon, bâti et construit selon la pure tradition des héros : surdoué sur les vagues, particulièrement intelligent, mystérieux et fascinant.
Sa passion l’amène à voyager à travers le monde entier (Je suis allé à Oaxaca, à Melbourne, à Durban, au Brésil, et à présent, à Biarritz, m’sieu) comme les futures créations de Bazz, Guen et Achaka, qui, depuis la Russie, effectueront tout un périple « Nairobi-Francfort-New York ». On est alors proche du roman picaresque où les nombreuses aventures servent à édifier l’œuvre romanesque.

Voilà un roman russe dans toute sa splendeur : il faut se faire une bonne fiche de personnages, comme pour tout roman russe, non seulement parce qu’ils sont nombreux mais aussi parce que l’auteur s’est plu à convoquer les personnages de ses romans précédents : ainsi, alors que le narrateur cherche à décrire une prison, c’est pour lui l’occasion, avec l’humour qui caractérise tout le roman, de procéder à une mise en abyme de l’écrivain au travail rompant l’illusion et de faire un clin d’œil à son lecteur : Qu’ils se mettent à ma place, tous les écrivains tentés de pénétrer dans une prison rien que pour assister à l’enlèvement par sa femme d’un mari injustement condamné et qui découvrent soudain, à mon exemple, que toute la prison (...) est pleine à craquer des personnages de ses romans ! N’est-ce pas le règne de l’absurde ? une Boulgakoverie ?
De plus, le roman est truffé de références littéraires et artistiques (Ne devrais-je pas m’emmitoufler dans mon manteau, pointer le nez, scruter le monde de mon regard sauvage comme le Balzac de Rodin du boulevard Raspail ?) à commencer par les tamaris baudelairiens mais aussi des allusions à Boulgakov, Dostoïevski, Stendhal ou Zola : le narrateur s’oblige à écrire quelques lignes chaque jour conformément à la devise zolienne, nulla dies sine linea (« Pas un jour sans une ligne »). Ces quelques lignes vont rapidement devenir de véritables romans dans le roman.

L’intérêt de ce roman réside donc dans le jeu que le narrateur-auteur établit avec son lecteur qu’il entraîne avec lui, grâce à une imagination qui tout de suite sait transformer une réalité en une autre réalité tout aussi fictive, avec parfois une ironie assez mordante, en Russie comme au Gabon : Le roman culbute et par là même s’accomplit.
Véritables poupées russes, les histoires des personnages s’emboîtent les unes dans les autres et s’emboîtent à leur tour dans la fiction à laquelle appartient le narrateur grâce notamment à un jeu de retours en arrière et de commentaires de l’écrivain. Cependant, pour un lecteur novice de Vassili Axionov, il n’est pas facile d’élucider les allusions internes à ses romans précédents !

Reste malgré tout le plaisir de voir le roman, qui se finit en poème, se construire, s’écrire et se décrire (Au lieu d’une explosion de joie, ce qui s’installa fut une de ces ‘scènes muettes’ dont abonde la tradition russe) au fur et à mesure de la découverte des « terres rares » des personnages.
A lire donc, mais peut-être en exergue et en point d’orgue à l’œuvre d’Axionov.

Delphine Regnard



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La rédaction, le 26 août 2009 - article3678.html
Vassili Axionov,Terres rares, traduit du russe par Lily Denis, Actes Sud, janvier 2009, 397 p. - 23,80 €
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