Professeur de Lettres Classiques, passionnée par la littérature, désireuse d’en transmettre la connaissance et le goût, Delphine Regnard qui vient de rejoindre les rangs de la rédaction du Litteraire tient avec Julia Billet un blog personnel d’écriture (qui se lit par ordre chronologique c’est-à-dire à l’envers !)
Ce recueil de poèmes assez courts, en vers libres, souvent sans ponctuation, propose une vision lyrique du quotidien : le jeu des métaphores et des comparaisons est au service d’une perpétuelle transfiguration du monde : Tu as étiré quelques nuages, / Comme la griffure des draps/ Que tu m’offres seul en partage... .
Cependant, même si on sent bien que l’auteure a cherché à mettre en mots et en vers sa perception de la réalité, et c’est là l’intérêt du recueil (par exemple ce court poème peut être touchant : J’ai écrit pour toi/ sur une lune de bois/ qui brûle de bonheur/et aussi du manque d’infini mais n’est touchant que par la proximité établie par l’auteur avec ce « toi », personne réelle ou lecteur interpelé, faute de qualités plus largement littéraires), ce travail poétique, somme toute banal, tend souvent à être obscur ou plat et ne parvient donc pas souvent à transmettre une émotion au lecteur.
Ainsi ces vers : Un marchand des quatre soleils/ t’a donné un cœur de pâquerette/au bout du poing : / tu brandis ta douceur, / mais armé de ta seule candeur/ ne risques-tu pas le fer de leur langue ? / Une vie d’étranger / Le sage est souvent pris pour un sot, / l’innocence est suspecte/ un sourcier des quatre douleurs/ t’a fait un cadeau d’exigence... qui manquent d’un rythme plus marqué, d’un vrai jeu de rimes (la rime en -eur semble s’installer mais est-ce vraiment le cas ?), d’une vision plus expressive...
L’auteure aime manier les rapprochements de mots pour sortir de la banalité de la langue mais à trop forcer ce trait, elle perd le lecteur ordinaire, celui qui ne connaît rien à son univers, qu’elle ne lui permet pas de pénétrer, et qui finit par se lasser de ces expressions aux relents précieux et vides pour lui.
Delphine Regnard
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